Il y a 35 ans, la mystérieuse libération de Lech Walesa

Par Camille Lestienne Publié le 13/11/2017 à 18:19
Il y a 35 ans, la mystérieuse libération de Lech Walesa

Lech Walesa, leader de Solidarnosc, chez lui apres sa liberation, 1982 — Lech Walesa, former president of Poland, creator and head of Solidarity. At home released after internment, 1982

 

LES ARCHIVES DU FIGARO – Le 14 novembre 1982, le leader de Solidarnosc est enfin libéré après onze mois de détention. Journée étrange en Pologne où fausses rumeurs et déclarations contradictoires alimentent l’inquiétude de ses soutiens. Récit.C’est une libération pour le moins nébuleuse. Le jour où le leader du syndicat Solidarité sort de détention le 14 novembre 1982, le correspondant du Figaro à Varsovie, s’étonne du «Mystère Walesa». L’homme a disparu pendant deux jours avant son retour à Gdansk. Depuis onze mois et l’instauration de l’état de siège le 13 décembre 1981, il vivait en résidence surveillée à Arlamow à plus de 700 km de chez lui. Le leader de la grève des chantiers navals en août 1980, est alors un opposant jugé dangereux par le général Wojciech Jaruzelski qui, après avoir autorisé le premier syndicat indépendant du bloc soviétique, le suspend puis l’interdit. Il faudra attendre encore sept ans pour que Solidarnosc soit légalisé. Lech Walesa, prix de Nobel de la paix en 1983, sera ensuite élu en 1990 à la présidence du pays.
Récit de cette journée du 14 novembre 1982, quand les proches et les militants attendent avec impatience le retour de Walesa.
Article paru dans Le Figaro du 15 novembre 1982
Le mystère Walesa

Il est rentré chez lui hier soir après une «absence» de 48 heures
Le général Jaruzelski est parti hier pour Moscou, après que la journée de samedi eut été marquée par deux événements de la plus haute importance: la «libération» de M. Walesa de son lieu de détention d’Arlamow, dans le sud-est du pays, et la convocation, par le Conseil militaire de salut national, d’une séance de la Diète pour le 13 décembre, anniversaire de l’introduction de l’état de siège. Son objectif serait précisément, estime-t-on, de lever cet état de siège, un an jour pour jour après son entrée en vigueur.
Depuis samedi, cependant, et jusqu’à sa réapparition chez lui, hier soir, un mystère Walesa, savamment entretenu, s’est transformé peu à peu en impatience et même en inquiétude, surtout à Gdansk, où plusieurs centaines de personnes, amis et journalistes principalement, bivouaquent littéralement devant l’appartement de l’ancien leader de Solidarité depuis vendredi.
Il y avait, en effet, deux jours hier soir que l’on était pratiquement sans nouvelles de M. Walesa. Vendredi soir, un programme télévisé de commentaires, d’ailleurs enregistrés à l’avance, annonçait que M. Walesa avait déjà été libéré. Quelques heures plus tard, un porte-parole officiel faisait savoir qu’il y avait eu malentendu et que le commentateur avait simplement voulu dire que Lech Walesa était «de jure» un homme libre, l’arrêté de sa libération ayant été signé.
Samedi matin, le ministère de l’Intérieur indiquait que M. Walesa avait enfin quitté son lieu d’internement d’Arlamow. Dans la soirée du même jour, l’agence officielle P.A.P. annonçait même son arrivée à Gdansk, mais démentait peu après.
«Pas d’entente à genoux»

L’homme à la moustache, Lech Walesa, en 1981.
En fait, tout le monde cherche Lech Walesa à travers tout le pays. Certains croyaient savoir qu’il négociait, près de Varsovie, avec des représentants du pouvoir. D’autres le voyaient au monastère de la Vierge noire de Czestochowa, ce qui cadrait assez avec le personnage. D’autres encore estimaient que l’ancien leader de Solidarité s’était rendu à Gniezno, l’ancienne capitale du pays, où se trouvait Mgr Glemp, pour s’entretenir d’abord avec le primat de Pologne, principal auteur de sa libération. D’autres enfin n’excluaient même pas que se déroulent, quelque part dans le pays, des entretiens tripartites avec des personnalités de l’Église, des responsables du gouvernement et M. Walesa. Mais cela, à la vérité, paraissait fort peu probable.
Interrogés, les milieux officiels déclaraient ne pas vouloir savoir où se trouvait M. Walesa, «qui est maintenant un simple citoyen et est seul responsable de son emploi du temps», et, avec une certaine désinvolture, ils faisaient même semblant de s’étonner que l’on puisse croire que des représentants du pouvoir aient encore quelque chose à négocier avec le «caporal Walesa»……
Lire la suite

اضف رد

لن يتم نشر البريد الإلكتروني . الحقول المطلوبة مشار لها بـ *

*