Il fut un temps où la colline d’Achrafieh avait les pieds dans l’eau au niveau de Medawar


Photo : collection Georges Boustany

LA CARTE DU TENDRE
19/08/2017
Il fut un temps où la colline d’Achrafieh avait les pieds dans l’eau au niveau de Medawar. La mer Méditerranée qui la bordait avait patiemment déposé, au fil des millénaires, un sable fin charrié par le Nil depuis les parties les plus reculées du désert égyptien. Jusqu’au milieu du siècle dernier, le Liban recevait ainsi des millions de tonnes de ce sable doré, avant que la source ne se tarisse suite à la construction du barrage d’Assouan à la fin des années 1950.

Situées en contrebas d’Achrafieh, les plages de Medawar étaient, pour les habitants de ce quartier en pleine expansion démographique, mais aussi pour les réfugiés arméniens fraîchement installés dans les environs, un fabuleux exutoire. Elles offraient à tous, pour une bouchée de pain ou même gratuitement, l’occasion de faire trempette, les jours de canicule, à défaut de pouvoir se rafraîchir en montagne.

La famille photographiée sur ce cliché abîmé par le temps n’est pas bien riche, comme le montrent les tenues vestimentaires de nos baigneurs du dimanche, mais elle s’est « payé » une journée de plage dans un établissement du coin. C’est sans doute le papa qui a posé la boîte de sa caméra à l’avant-plan pour immortaliser la scène. L’une des femmes tient en main une « chambre à air » de pneu en guise de bouée. Leurs coiffures permettent grossièrement de dater le cliché des années 1930-1940, à une époque où le quartier était composé de quelques immeubles modernes à trois ou quatre étages et plafonds hauts, côtoyant des bâtisses début du siècle en bois, encore miraculeusement debout.

L’établissement en question propose un café-restaurant abrité sous une toiture de bois et de tôle, l’accès à la mer, un panier de basket-ball (l’on se demande comment rebondit la balle sur le sable) et une haské de bois, l’ancêtre de la planche à voile dénuée de mât, et que l’on dirige à l’aide de rames. Sous les vieilles arcades, à l’arrière-plan, ont été emménagées des cabines numérotées que l’on peut louer à la journée : bref, l’essentiel pour passer du bon temps en famille.

Le quartier n’a pas survécu à l’extension du port de Beyrouth dans les années 1960 : désormais, c’est sous la gare routière Charles Hélou que dort le sable de notre passé, cependant que survivent quelques-unes de ces bâtisses, témoins de tant de joies simples, qui bordent désormais une bruyante autoroute.

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