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IDÉES : L’homme de demain restera-t-il humain

 


Nasser SAïDI, Ancien ministre des Finances
et ancien vice-gouverneur de la Banque du Liban
19/08/2017
Nous entrons dans un monde qui subit des transformations majeures et affronte de multiples défis, et une région marquée par de nombreuses lignes de fractures structurelles. La carte géostratégique et économique du Moyen-Orient se redessine*.

La première transformation majeure est le changement climatique. Nous vivons une période où l’activité humaine hausse les températures mondiales de 3 à 4°C. Cela peut mener à un « écocide » mondial, à des conflits d’eau et à des dommages économiques permanents, sinon à un effondrement.
Notre région, avec son taux de croissance démographique élevé, est très vulnérable aux risques de changements climatiques en raison de la pénurie d’eau, d’une désertification croissante, de la concentration des activités économiques dans les zones côtières, et de la dépendance à l’égard d’une agriculture sensible aux variations climatiques.
La deuxième transformation majeure résulte de l’Intelligence artificielle (IA), de la robotique, des machines intelligentes, de l’utilisation de « Big Data » et de l’application de Blockchain dans les domaines juridiques, bancaires et financiers, ainsi que dans toutes les activités nécessitant « confiance » et certification. L’IA deviendra omniprésente et fera partie de l’être humain. Les systèmes d’IA géreront le monde numérique et notre espace physique.
Nous agirons de plus en plus dans des marchés numériques. Nous entrons dans une ère où le papier-monnaie disparaîtra pour être remplacé par des devises numériques. L’IA, Blockchain et FinTech vont radicalement changer, révolutionner le secteur bancaire et financier. Aurons-nous besoin de banques commerciales et de cartes de crédit pour effectuer des transactions si nous avons des monnaies numériques pour effectuer les paiements ?
La troisième transformation majeure sera la transformation de l’être humain. La biotechnologie et la bio-informatique, le génie génétique, la robotique et la nanotechnologie révolutionnent les relations entre les humains et la technologie. Les nouvelles technologies seront intégrées dans nos corps, promettant une augmentation considérable de notre capacité et productivité. Nous deviendrons des androïdes, un mélange de robot et d’humains. Ceci soulève la question : l’homme de demain restera-t-il humain ?
De même, l’innovation dans les technologies médicales nous permettra de vivre des vies plus longues et plus saines. En conséquence, l’éducation, l’apprentissage et le rôle des écoles et des universités devront être repensés et transformés. Que puis-je apprendre à l’université qui pourrait durer pendant une vie professionnelle de 60 ou 70 ans ? Quelles connaissances seront durables ?
La quatrième transformation majeure est le déplacement tectonique du centre économique et financier mondial vers l’Asie et les marchés émergents. Aujourd’hui, un nouveau monde multipolaire émerge. D’ici à 2050, la Chine et l’Inde seront les plus grandes économies du monde et six des sept plus grandes économies du monde actuel seront des économies émergentes.
La Chine bétonne la route de la soie du XXIe siècle, qui intégrera les économies d’Asie et s’étendra au Moyen-Orient, allant jusqu’en Europe. Ce changement du pouvoir économique se traduira aussi par un déplacement du pouvoir politique et géopolitique vers l’Asie et les pays émergents.
Comment gouverner et transformer nos sociétés, nos économies et nos pays pour affronter ces défis ? Quel est le rôle de l’État-nation ? Quelles lois et éthiques régiront les droits des robots humanoïdes, mi-humains, mi-machines ? Que restera-t-il aux êtres humains supplantés par des machines intelligentes, et qui apprennent automatiquement ? Dans un monde robotisé, de machines intelligentes, serons-nous confrontés à un chômage grandissant et à des inégalités croissantes, ou à plus de prospérité et de loisir ?
Nous vivons aujourd’hui dans un temps marqué par un paysage régional fracturé. Plusieurs pays de la région passent par une période de turbulence, de transition et de transformation. La tempête de feu arabe – et non pas le printemps arabe – a révélé de nombreuses lignes de faille : un échec des institutions et de la gouvernance, l’absence de démocratie et la répression des libertés individuelles, des droits de l’homme et des droits civils, et le gouffre dans les droits et le rôle des femmes qui font face à une discrimination répandue.
Notre État n’a pas réussi à protéger leurs droits fondamentaux, et les femmes continuent à être victimes de discrimination dans toute activité professionnelle et même dans leur statut personnel. Dans les pays en développement similaires, le discours vise à réduire les écarts de rémunération entre les sexes, alors que nous n’avons même pas égratigné la surface d’une politique de genre équitable.
Nous avons besoin d’une nouvelle vision pour notre région afin de lutter contre l’extrémisme, contre les forces réactionnaires politiques et de la société. Une nouvelle vision qui révisera le rôle des gouvernements dans nos économies, encombrées par des bureaucraties et des entreprises publiques inefficaces, ainsi que par des lois et règlementations périmées qui constituent des entraves à l’innovation et à la concurrence.
Nous devons nous diriger vers la laïcité, la séparation entre la religion et l’État. L’égalité des droits signifie une affirmation des droits civils et humains indépendamment des accidents de naissance, de sexe, de race, de religion, de secte ou de communauté.
Nous devons confronter les sources sous-jacentes de l’extrémisme en luttant contre le chômage et la pauvreté des jeunes, en assurant un développement économique inclusif et en éliminant la corruption et la mainmise des intérêts particuliers sur l’État.
Notre propre Liban est confronté aux mêmes lignes de faille. Une vie politique dysfonctionnelle, la corruption généralisée, le gaspillage et le népotisme sont en train de saper la confiance dans l’État et dans ses institutions. Le Liban est classé 136e sur 177 pays en matière de corruption. Les réformes des politiques budgétaires, financières et monétaires, les réformes sectorielles, notamment au niveau des services publics (électricité, eau), du transport et de l’éducation, ainsi que la réforme de la sécurité sociale sont maintenant une haute priorité. Mais ces réformes ne peuvent être menées à bien qu’avec des réformes politiques et institutionnelles, y compris une réduction de la taille du secteur public.
(…) Nous entrons dans un monde où le savoir et le capital humain sont les principaux moteurs de la croissance et de l’innovation. Le savoir est le fondement de la croissance économique et de la prospérité, ainsi que le nivellement de l’inégalité au sein des pays, comme entre pays. Le futur du Liban réside dans une économie et société basées sur le savoir.
Mais comment aller de l’avant ? Quelle est la stratégie à adopter ? Nous devons investir massivement dans l’infrastructure et la logistique, dans les nouvelles technologies et les systèmes d’information numérique afin de participer activement aux quatre transformations majeures qui se dérouleront au cours des prochaines décennies : les énergies renouvelables et les technologies propres, les sciences de la vie, l’IA, la robotique, le Blockchain, le FinTech et les nanotechnologies
Nous devons être la source de nos institutions numériques, des lois et réglementations qui permettront au Liban de développer sa propre « Silicone Valley ». L’économie, l’assurance et la gestion des risques du climat seront des domaines en plein essor dans les prochaines décennies. Les pays de la région MENA (Moyen-Orient, Afrique du Nord) auront besoin de plus de 200 milliards de dollars en investissements dans les énergies renouvelables. Le Liban pourrait devenir le centre de financement des énergies renouvelables et des technologies propres.
Le Liban doit poursuivre une stratégie d’intégration régionale et internationale. Nous ne sommes pas encore membres de l’OMC – tout comme l’Afghanistan, le Bhoutan, l’Éthiopie, le Liberia, les Comores, le Soudan, la Guinée équatoriale et le Yémen, et ce malgré le groupe de travail créé en avril 1999 ! Nous devons avancer dans la signature d’accords de libre-échange et d’investissement pour nous intégrer dans la nouvelle Route de la Soie, ainsi que dans les chaînes d’approvisionnement en plein essor émergeant de la Chine et des pays de l’Asie.

• Texte extrait de l’allocution prononcée lors de la remise des diplômes aux promotions des facultés de droit, d’économie et de sciences politiques de l’USJ.

Nasser SAïDI , Ancien ministre des Finances et ancien vice-gouverneur de la Banque du Liban

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