Ibrahim Maalouf devant Bacchus, bien dans ses baskets et la main dans la poche

FESTIVAL DE BAALBECKLe cadre majestueux du temple du Soleil accueillait samedi soir le trompettiste star Ibrahim Maalouf pour un spectacle original, moderne et participatif.

23/07/2017
Les travaux de réfection des colonnes empêchant le festival de Baalbeck de se dérouler dans l’espace plus grand du temple de Jupiter, c’est donc sur les escaliers menant au temple de Bacchus que les spectateurs sont conviés. La scène, assez longue, est remplie d’instruments de musique, preuve qu’Ibrahim Maalouf a dépassé le stade du concert de jazz intimiste depuis longtemps. Annoncé à 20 heures, le spectacle ne commencera qu’à 21 heures, prouvant une fois de plus que la ponctualité est décidément difficile sous nos latitudes. Les concerts, au pays du cèdre, sont un peu comme les administrations françaises : les gens en retard y croisent ceux qui partent en avance. Pourtant, une fois passés les portiques de sécurité à sifflement continu, l’organisation est parfaite. On se pose quand même des questions sur l’utilité de ces portails puisqu’ils sonnent à chaque passage et que la palpation a lieu systématiquement après.
Pour fêter ses 10 ans de tournées et de concerts, Ibrahim Maalouf a choisi Baalbeck pour sa seule représentation au Moyen-Orient en 2017. Accompagné de ses musiciens favoris, la formation est renforcée par la présence du Free Spirit Orchestra et, comme annoncé, par quelques surprises. Alors que les musiciens sont tous en noir et cravate rouge, comme les membres de Kraftwerk sur l’album Man Machine, mais aussi plutôt pour coller au graphisme des 10 ans de Live en CD et DVD, Maalouf, lui, garnit son smoking de tennis blanches. A l’aise, très en forme, il alternera tout au long du spectacle les morceaux joués au piano, au synthétiseur, chantés et bien évidemment à la trompette.

A le voir se mouvoir sur scène, on comprend facilement comment il arrive à remplir le Zénith en France et même l’Accor Arena, l’ancien Bercy. Son spectacle est calibré pour le grand public, très dynamique, alternant morceaux dansants et chansons plus intimistes. Le trompettiste n’hésite pas à demander la participation du public, d’abord timide, puis conquis. Alors que l’artiste confiait à L’Orient Le Jour, en rigolant, « il y a plus de gens qui filment des gens qui dansent que de gens qui dansent », la salle a quand même fini le concert debout. Car les milliers de personnes présentes ont assisté à la confirmation du talent, du charisme et du potentiel d’un artiste qui a décidé de passer au niveau supérieur.

Trompettiste surdoué, il s’est aussi montré pianiste émouvant et organiste tout en rythme. Son duo improvisé avec Melody Gardot sur J’attendrai était très léger, la voix grave toute en miel canadien de Melody, donnant une émotion toute particulière au morceau originellement dans Madame Butterfly de Rossini. Le voisinage, pas du premier âge, chantait Jacques André à tue-tête, mais l’émotion y était. Émotions aussi, quand Maalouf a invité sur scène Ahmad, un violoniste aveugle originaire de Baalbeck, pour interpréter un morceau de Oum Koulsoum, ou encore quand il a fait jouer les élèves de l’école de musique de Baalbeck.

Bien que résident en France, Maalouf multiplie les voyages au Liban et les activités pour s’intégrer au tissu social libanais et faire connaître son art, tout en faisant partager son expérience et son talent. Quand les chœurs de la chorale de l’ONG Sambola sont montés sur scène, ça n’était pas moins d’une centaine d’artistes qui se présentaient aux milliers de spectateurs de Baalbeck, dans une communion entre la jeunesse, le talent et le show business. « La jeunesse n’y est pour rien dans tout ce qui se passe autour de nous », confie Ibrahim Maalouf. Et il a raison de croire en elle pour les années à venir, tant qu’il y aura de tels artistes comme lui pour les guider.

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