Faia Younan, super-Orientale online, s’affirme et s’assume

04/01/2017

Faia et Rihan Younan étaient deux sœurs en exil en Suède. Ravagées par leur Syrie en mille morceaux, elles se lèvent et improvisent un sketch chanté sur des airs de Feyrouz. Et placent leur vidéo-message de tristesse, de cœur brisé, d’amour et d’espoir sur Internet. Et c’est la flambée sur la toile pour un succès qui dépasse toutes les attentes.

Aujourd’hui, l’étonnement dépassé, on retrouve Faia Younan, sur sa lancée de diva, qui s’affirme et s’assume. Tout le charme et la chaleur de l’Orient sont concentrés dans ses grands yeux vert-bleu. Vingt-quatre printemps, tout sourire, teint d’opaline, cheveux châtain clair en rideaux lisses sur les épaules, traits harmonieux et ce savoureux accent damascène chantant, pour un arabe fluide et simple. Elle a quitté les faubourgs de Stockholm pour venir s’installer progressivement à Beyrouth. Pour être au plus près de ses racines alépines (triste ville actuellement, amas de ruines fumantes au cœur de la plus innommable des tourmentes), elle dont les parents sont originaires de Malkié, non loin de Mossoul.

Conversation à bâtons rompus, dans un café d’Achrafieh, avec une jeune fille parfaitement dans le vent, enfant du siècle, de la génération ordinateur, du net et du digital. Surprise par ce qui lui arrive (sur son Facebook, de 17 000 fans, le chiffre a grimpé à 700 000), elle met un peu de côté ses études administratives menées en Écosse et se lance en profondeur dans sa nouvelle carrière de chanteuse.
Un album est en préparation. Entre-temps, place au travail. Et, pour le moment, aux confidences.

 

« Je suis une jeune fille heureuse »
Depuis la ruée sur ce pseudoclip en 2014 placé sur la toile, plus de 4 millions de personnes l’ont suivie, affirme la jeune fille avec un sourire amusé. « Après tant de bruit et de succès, avec ma sœur, on s’est senties responsables. Répéter cet exploit nous semblait vain et artificiel. Et maintenant quoi ?
était notre interrogation. » Aujourd’hui, elles sont toujours en tandem, mais différemment. Rihan, qui a fait du journalisme, anime un talk-show sur la télé Mayadeen. « Elle me regarde faire. Tout comme moi, qui ne rate jamais aucune de ses émissions. »

Faia Younan dit qu’elle ne savait pas exactement ce qu’était la musique. « Oui, bien sûr, on a parlé de ma voix angélique. Alors j’ai commencé par un lever de fonds pour pouvoir avoir les moyens de faire les choses professionnellement. En 2015, j’ai sorti Ahhob yadeyka (J’aime tes mains) sur une mélodie de Rayan Habre. Pour démarrer en force, il y a cet album, que je prépare grâce à Houssam Abdel Khalek qui guide mes pas et me conseille. Houssam est proche de ma pensée et c’est plus qu’un directeur culturel. Il a le savoir-faire.» La vie est absurde, soupire-t-elle, en ajoutant que si elle ne l’avait pas rencontré, par pur hasard, elle n’aurait pas eu cette carrière. L’album à paraître est composé de neuf chansons et porte le titre Bayna, fil el-bahr (Entre nous, il y a la mer) avec des textes de Mehdi Mansour (primé prince des poètes) mais aussi de Mraah el-Kabri, Mehran Mehrez, Adnan al-Azouri, Lamaa al-Khayyem (avec la première mélodie composée par elle), Gaby Sahyouni, Khaled Habre. Le tout avec des arrangements signés Rayan Habre. « Par ailleurs, j’ai un actif de dix concerts l’année dernière, qui m’ont conduit de Beyrouth à Tunis, en passant par Dubaï, Damas, Amman, Le Caire, Alexandrie et Bahreïn. Cela m’a formé à la scène. »

Le printemps prochain, ce sera le tour d’un concert à l’Unesco. « Je suis une jeune fille heureuse. Je fais ce que je dois faire. Les gens aiment cela et c’est le plus important. » Chanter, pour elle, c’est quoi ? « C’est ma façon de faire parvenir quelque chose, une sensation, un sentiment, une idée… Je suis heureuse quand je chante. Ce qui m’enthousiasme dans la vie, c’est faire une nouvelle musique, créer une nouvelle chanson, faire parvenir aux autres une idée nouvelle. » Elle dit tabler souvent sur les mots. « Le succès d’une chanson, c’est l’équilibre entre le mot (l’élocution et la diction sont très importantes), la musique et la voix. »

Et Faia Younan de conclure : « Les gens me demandent souvent quand je vais chanter à nouveau en duo avec Rihan ? C’est simple, on fera quelque chose ensemble quand on sentira quelque chose. Cela vient du cœur. On doit sentir, ressentir… »

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