ÉCONOMIE Location : un marché difficile d’accès pour les jeunes Beyrouthins

 

Selon les professionnels, les prix à la location ont accusé une baisse variant entre 5 % et 20 % ces deux dernières années. Photo D.R
IMMOBILIERMalgré une légère baisse observée, les prix pratiqués dans la capitale restent hors de portée pour la plupart des bourses

10/04/2017

 

« Une chambre meublée avec un balcon pour 600 dollars ! C’est ce que l’on gagne par mois ! » Ce genre de commentaires abonde sur les annonces immobilières postées sur le réseau social Facebook. De fait, si le marché immobilier reste encore très cher à l’achat dans la capitale, le marché locatif est tout aussi difficilement accessible dans un pays où le salaire moyen dans le secteur privé tourne autour de 1 200 dollars par mois et où 60 % des salariés gagneraient moins de 830 dollars par mois, selon une récente étude du ministère des Finances. D’après une étude de l’agence Ramco publiée en août 2016, les loyers à Beyrouth varient de 75 à 250 dollars le m² par an en fonction de la qualité, de la surface et de l’emplacement du bien, mais la majorité du stock actuel se situe entre 100 et 130 dollars le m² par an
Une situation particulièrement problématique en période de crise. « Depuis la crise syrienne, les prix des loyers à Beyrouth ont augmenté de 150 %, voire 200 %, du fait de la hausse de la demande, surtout de la part des organisations internationales et des grandes ONG qui ont parfois multiplié par 10 le nombre de leurs employés, généralement des expatriés, à qui ces derniers louent des appartements meublés avec un budget de minimum 2 000 dollars par mois », explique un agent immobilier à Beyrouth. « Les jeunes Libanais recherchent des biens immobiliers de moins de 1 000 dollars par mois, mais à Beyrouth ce n’est pas facile de trouver à ce prix-là, sauf pour des produits mal entretenus, et où le propriétaire n’a fait aucun effort pour améliorer la qualité du bien », détaille Guillaume Boudisseau, consultant à l’agence de conseil immobilière Ramco
« Nos prix varient entre 15 000 dollars par an – 1 250 dollars par mois – et 120 000 dollars par an – 10 000 dollars par mois. Les jeunes Libanais sont soit aidés financièrement par leurs familles, soit vivent en couple », explique Émilio Khoury, PDG de l’agence Metrekarré. « Les Libanais n’ont pas accès à Beyrouth, ils préfèrent se tourner vers les régions périphériques comme Furn el-Chebback, Aïn el-Remmaneh, Jdeidé… Surtout les étudiants des régions éloignées qui viennent étudier à Beyrouth. Dans ces quartiers, ils peuvent trouver un appartement de trois chambres à 800 dollars, au lieu de 2 000 dollars à Achrafieh ou à Hamra », raconte l’agent immobilier précité
Cependant, les professionnels du secteur veulent rassurer sur une baisse des prix à venir. « Les loyers des appartements ont enregistré une baisse de 5 à 10 % chaque année depuis deux ans. Cela est dû au fait que l’offre est supérieure à la demande. Beyrouth compte des centaines de produits à la location et le stock de disponibilité ne cesse d’augmenter au fur et à mesure que les chantiers de nouveaux immeubles s’achèvent », explique Guillaume Boudisseau. « Depuis un an, mais de manière plus marquée depuis six mois, les prix sont en baisse de 10 à 20 % et je pense que cette tendance va continuer sur les deux ou trois prochaines années », prévoit Émilio Khoury

Discriminations
Mais le marché officiel n’est pas seul représentatif de la réalité. De nombreux jeunes travailleurs s’orientent vers les réseaux informels ou vers la colocation. « Les agents immobiliers demandent trois à six mois d’avance de loyer, il faut donc des liquidités. Les jeunes préfèrent trouver leur logement sans passer par les agences, mais plutôt en s’enquérant auprès des gardiens d’immeubles ou des personnes du quartier », ajoute Guillaume Boudisseau. Mais, là encore, aux dires de nombreux témoignages de locataires, les prix semblent avoir sensiblement évolué ces dernières années. « En 2012, je payais 400 dollars pour une chambre en colocation à Sassine. Aujourd’hui, les prix ont tellement augmenté que pour une chambre similaire, je suis obligé de changer de quartier et de payer 100 dollars en plus », confie par exemple une jeune expatriée. Mais pour les jeunes Libanais, les prix ne sont pas les seuls obstacles. Plusieurs propriétaires confient sous anonymat qu’ils préfèrent réserver la location de leur bien aux expatriés, qui ont tendance à louer sur des durées plus courtes. « Les jeunes restent le plus longtemps possible chez leur parents, et ce même s’ils travaillent. C’est de plus en plus difficile de se loger à moindre coût à Beyrouth… », résume Guillaume Boudisseau

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