Economie : Les plages publiques séduisent de plus en plus de Libanais

Les plages publiques, comme celle de Tyr, sont de plus en plus prisées. Ali Hashisho/Reuters

BILAN ÉTÉ

Cet été, la popularité des plages gratuites ne se dément pas, tandis que les plages privées tablent sur la fidélité de leur clientèle.
Sunniva Rose | OLJ11/09/2017

Frôlant les 40 degrés et associée à une humidité atteignant parfois 80 %, la chaleur n’a accordé aucun répit aux Libanais cet été. Comme chaque année, les foules se sont dirigées vers les plages pour se rafraîchir. Mais les goûts changent. Très populaires sur les réseaux sociaux, les plages dont l’accès est gratuit attirent de plus en plus les baigneurs, pour le plus grand bonheur des restaurateurs locaux. Les plages privées, elles, préfèrent tabler sur une clientèle fidèle qui paie un abonnement à la saison, plutôt que sur les visiteurs occasionnels.

Avec ses kilomètres de sable fin, la plage publique de Tyr (Liban-Sud) incarne depuis plusieurs années la popularité grandissante des plages gratuites. « Cela fait plusieurs années que nous sommes complets le week-end. Mais pour la première fois cette année, nous sommes aussi complets en semaine en juillet et en août », confie à L’Orient-Le Jour Dalya Farran, gérante de Cloud 59, l’un des nombreux restaurants qui ouvrent en bord de mer dans la région pendant la saison estivale. De loin le plus populaire, il peut accueillir environ 300 personnes par jour. « Notre chiffre d’affaires a progressé d’environ 10 % comparé à l’année dernière », estime-t-elle, sans s’engager sur un bilan définitif.

Propres et abordables
Selon Dalya Farran, la récente notoriété de ce restaurant qui opère depuis 14 ans s’explique par plusieurs raisons. Tout d’abord, la propreté, un critère qui est de plus en plus central dans les choix des clients et qui se généralise suite à la prise de conscience engendrée par la crise des déchets de l’été 2015. « Avec Naqoura, Tyr est l’une des plages les plus propres du Liban », souligne-t-elle. Ensuite, une certaine lassitude des complexes balnéaires aux prix élevés dans un contexte de baisse du pouvoir d’achat au Liban. Bien qu’il n’existe pas d’indicateur ciblant uniquement cette donnée, l’indice de confiance Byblos Bank/AUB a noté un recul de 6,3 % de la confiance des consommateurs au deuxième trimestre 2017 par rapport au trimestre précédent (à 54,8 points), tandis que 67,4 % des Libanais pensaient que leur situation financière allait empirer dans les six prochains mois. Cloud 59 ne facture pas l’accès au périmètre de rivage qu’il jouxte, mais demande à ses clients de consommer au moins l’équivalent de 10 000 livres (6,6 dollars) par personne en semaine, et 15 000 livres (10 dollars) le week-end. Enfin, un troisième facteur est lié au développement du tourisme rural, qui pousse les vacanciers à s’éloigner des grands axes.

Autre plage qui vante sa propreté et a connu une forte hausse de fréquentation récemment : Anfeh (Nord-Liban). « En 2016, les plages d’Anfeh ont connu un vrai “boom”. Cette année, ça s’est stabilisé », indique Luna Saliba, copropriétaire avec son mari du restaurant Wassim aal-Bahr. L’un des plus anciens restaurants à avoir ouvert sur une crique surnommée « Taht el-Rih » (« sous le vent » en arabe), reconnaissable à ses maisons peintes en blanc et bleu, Wassim aal-Bahr (Wassim-sur-Mer) a ouvert en 2001 comme simple snack et s’est agrandi au fil des ans pour devenir un restaurant de poissons avec une capacité de 150 personnes. L’accès à la mer y est gratuit pour les baigneurs.

Réseaux sociaux
« Taht el-Rih s’est surtout développé grâce aux réseaux sociaux », reconnaît Luna Saliba. Créée à l’initiative de Slaimen el-Nemer, un expatrié libanais basé à Dubaï et travaillant dans la construction, la page Facebook Anfeh al-Koura, qui promeut les plages, les restaurants et maisons d’hôtes locales, compte près de 25 000 mentions « j’aime ». « J’adore ma ville natale, et le seul moyen d’aider les locaux est de partager des photos d’Anfeh », explique-t-il à L’Orient-Le Jour.

La réussite de ce modèle de restaurant privé installé sur une plage publique a donné des idées à certains entrepreneurs comme Jamil Haddad, qui a lancé sa brasserie Colonel à Batroun en 2014. Cet été, il s’est allié avec la municipalité pour ouvrir « Colonel Reef », qui comprend une école de planche à voile et de sports aquatiques et un restaurant. Sans être obligés de consommer sur place, les clients peuvent manger, se baigner ou encore louer un kayak pour 10 000 livres l’heure. Jamil Haddad se dit « satisfait » du nombre de clients, qui atteint environ 100 personnes par jour pendant la semaine et 200 le week-end.

Rester sélect
En parallèle, certaines plages privées traditionnelles choisissent de maintenir leur réputation sélecte. À Beyrouth, les clients du restaurant Feluka du Sporting n’ont pas accès au complexe balnéaire, qui comprend deux piscines. « Ça ferait trop de monde », lâche Walid Abou Nassar, copropriétaire du complexe, qui préfère que les clients du beach club avec la « culture du vieux Beyrouth » restent entre eux. Cette année, le ticket d’entrée a augmenté de 21 % le week-end, à 45 000 livres libanaises (30 dollars), mais le prix de l’abonnement pour les cinq mois d’été n’a pas changé, à 833 dollars. « On veut encourager les clients à devenir membres pour maintenir un aspect “club” familial », souligne Walid Abou Nassar.

Une stratégie qui durera tant que le porte-monnaie des classes aisées n’est pas touché, estime Georges Boustany, propriétaire du Lazy B à Jiyeh. « Pour l’instant, ma clientèle résiste à la crise. La moyenne de consommation a augmenté de 10 % chez moi cette année », indique-t-il, sans donner le chiffre exact de la consommation par personne à Lazy B, où le ticket d’entrée coûte 45 000 livres (30 dollars) le week-end et 35 000 livres (23 dollars) la semaine pour les adultes. Mais Georges Boustany s’inquiète des conséquences des nouvelles taxes promulguées le 21 août pour financer la hausse de la grille des salaires, notamment la hausse de la TVA de 10 % à 11 % effective à partir de début octobre. Il pense payer de sa poche la différence. « Je ne veux pas la répercuter sur mes clients, mais c’est problématique, car j’ai aussi des dépenses et cela réduira ma marge de bénéfices », s’alarme-t-il.

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