ÉCONOMIE : Les exportateurs libanais face au casse-tête des barrières normatives

De droite à gauche : le chargé de projet à l’USaid, Charbel Hanna, le président de la commission de l’agriculture de la FCCIAL, Raphaël Debbané, et l’expert en charge de la refonte du site Tasdier, Fady Fayyad. Photo DR
COMMERCELes exportateurs de plusieurs filières reprochent à certains pays de jouer sur les conditions d’accès à leurs marchés respectifs afin de protéger leurs industries.

03/03/2017

Les normes d’exportation, notamment en matière de qualité ou de sécurité, sont perçues par une partie des entrepreneurs libanais comme un moyen détourné de bloquer l’accès à leurs produits dans certains pays. « Parfois, les conditions d’accès sont tellement strictes qu’elles produisent les mêmes effets qu’une interdiction », souligne à L’Orient-Le Jour le directeur général de l’Association des industriels (AIL), Talal Hijazi.
Un sentiment partagé par nombre de ses homologues lors d’une conférence de presse organisée hier à Beyrouth par la Fédération des chambres libanaises de commerce (FCCIAL) pour présenter les nouvelles fonctionnalités de Tasdier, une plateforme dédiée aux exportateurs. Selon le président de la commission de l’agriculture de la FCCIAL, Raphaël Debbané, la refonte doit permettre aux entrepreneurs locaux de « trouver de nouveaux marchés pour les produits issus de l’agriculture et de l’industrie agroalimentaire » (lire ci-contre).

« Protectionnisme déguisé »
Cette annonce intervient quelques semaines après la publication des chiffres de la balance commerciale en 2016, marquée par l’augmentation de son déficit (+4,1 % en un an, à 15,7 milliards de dollars), malgré une timide reprise des exportations (+0,8 %, à 3 milliards de dollars), la première depuis plusieurs années. « Le commerce extérieur libanais est pénalisé par le blocage depuis 2015 des voies d’exportation terrestres vers les pays du Golfe – l’un des principaux marchés des produits libanais – ou à l’absence de soutien de l’État pour lui permettre d’être plus concurrentiel à l’étranger », expose encore à L’Orient-Le Jour M. Hijazi. « Comme si cela ne suffisait pas, certains pays utilisent les normes d’exportation pour bloquer l’accès à nos produits afin de protéger leurs industries locales », déplore-t-il. Des propos qui font écho à ceux tenus mardi par le ministre de l’Industrie, Hussein Hajj Hassan, qui avait dénoncé « les restrictions visant les produits libanais dans certains marchés », incriminant notamment « la plupart des pays européens, la Turquie, la Chine, la Syrie, l’Égypte, l’Arabie saoudite ou encore l’Irak ».
S’il est difficile de mesurer l’impact réel de ce phénomène sur les exportations, M. Hijazi affirme qu’il touche « de nombreuses filières », citant les produits laitiers, les médicaments, les produits agricoles, animaliers ou même l’électroménager. « Les tests et autorisations exceptionnels réclamés par certains pays avec qui le Liban a pourtant signé des accords commerciaux sont tellement stricts qu’ils produisent les mêmes effets qu’une interdiction d’exporter nos produits vers ces marchés », conclut M. Hijazi.
« Cette situation est d’autant plus dommageable que les entreprises libanaises ont fait d’importants progrès depuis 2015 pour se conformer aux standards internationaux », constate de son côté le président du syndicat des industries agroalimentaires libanaises, Ahmad Hoteit. « Les conserves libanaises ont par exemple de moins en moins de difficultés à se retrouver sur les rayons des chaînes américaines de supermarchés, depuis que nos industries appliquent les standards en matière d’emballages alimentaires », note-t-il.
Mais certains soulignent aussi que la réalité de ce « protectionnisme déguisé » ne peut suffire à exonérer les entrepreneurs libanais de leur responsabilité en la matière. « Toutes les filières ne sont pas au point : les fabricants d’huile d’olive n’ont pas la même connaissance des normes de qualité et de sécurité que les fabricants de vin ou de miel, dont les standards sont très élevés », reconnaît M. Hijazi. « La priorité dans ce contexte est de centraliser nos efforts pour que tous les entrepreneurs aient le même niveau de maîtrise dans ce domaine », préconise-t-il.

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