ÉCONOMIE Les entrepreneurs de travaux publics face aux impayés de l’État


Le démantèlement du pont de Jal el-Dib en 2012. Anne Ilcinkas/L’OLJ

INFRASTRUCTURESSelon les entrepreneurs, le gouvernement leur doit encore 150 millions de dollars pour des projets d’infrastructure exécutés il y a plus de 10 ans.

15/03/2017

 

Plusieurs fois par an, les entrepreneurs de travaux publics mettent la pression sur le gouvernement pour qu’il règle une facture qui s’accumule au fil des ans et atteindrait, selon eux, plusieurs centaines de millions de dollars. Lors d’une rencontre le 2 mars courant avec le président Michel Aoun, le syndicat des entrepreneurs de travaux publics a une nouvelle fois rappelé que le ministère des Travaux publics et le Conseil du développement et de la reconstruction (CDR) lui doivent « 350 milliards de livres libanaises », soit un peu plus de 230 millions de dollars
« Une partie de ce montant est en cours de règlement, mais il reste environ 150 millions de dollars qui sont loin d’être payés », déclare à L’Orient-Le Jour le président du syndicat, Maroun Helou. Ces dettes correspondent à plusieurs projets d’infrastructure exécutés sur la dernière décennie et concernent « au moins une quinzaine d’entreprises », ajoute-t-il. D’après le communiqué publié par l’Agence nationale d’information le jour de la rencontre du syndicat avec le président Aoun, ce dernier s’est contenté de « donner des directives aux autorités concernées pour suivre les demandes des entrepreneurs ». Mais selon le syndicaliste, « les choses s’accélèrent depuis l’élection de Michel Aoun. Les dettes de l’État devraient être réglées au plus vite ». Le temps presse, ajoute-t-il, car selon lui plusieurs entreprises ont fait faillite à cause de ces retards

Dettes anciennes
Ce montant de 150 millions de dollars peut être divisé en trois catégories. Tout d’abord, la facture du CDR s’élève à 80 millions de dollars, détaille Maroun Helou. Un montant important mais qui inquiète peu le syndicaliste : « Le CDR paie de manière de plus en plus régulière, environ tous les 4 mois, et a commandé de nombreux travaux récemment, comme un projet de prison à Mejdlaya (Nord-Liban) de 50 millions de dollars. » Le directeur du CDR, Nabil el-Jisr, n’était pas disponible pour répondre aux questions de L’Orient-Le Jour
Les dettes du ministère des Travaux publics – qui n’a pas non plus répondu à nos demandes d’entretien – sont plus alarmantes pour Maroun Helou du fait de leur ancienneté. Leur montant atteint 10,5 millions de dollars pour un grand projet d’infrastructure complété en 2005 et lancé lorsque Nagib Mikati était ministre des Travaux publics (1998-2004). D’après le syndicaliste, ce projet était financé à 60 % par la Banque mondiale, qui a réglé sa part, tandis que les entreprises libanaises contractées pour les travaux n’ont jamais été payées pour les 40 % restants qui devaient être versés par le ministère. « Ce projet incluait la construction de plusieurs routes, comme celle de Rayfoun à Bikfaya (Mont-Liban) ou de Rachaya à Marjeyoun (Liban-Sud) », indique Marcel Kairouz, un entrepreneur de travaux publics. L’État lui doit 6,6 millions de dollars pour des projets qui remontent à 2010. « Rien que pour la construction de la route entre Ghazir et Kfour (Kesrouan) entre 2013 et 2014, le ministère des Travaux publics nous doit 1,3 million de dollars », poursuit Marcel Kairouz, qui assure avoir hypothéqué les terrains que possède l’entreprise pour pouvoir continuer à payer ses 400 employés

L’adoption du budget, une solution ?
Autre sujet de discorde : la différence de prix concernant les matières premières, qui s’élève à 66 millions, continue Maroun Helou. « Le prix de l’acier, du gravier et de l’asphalte varie en fonction de celui des hydrocarbures. S’il y a une différence de prix entre le moment de signature et d’exécution du contrat, elle est normalement à la charge de celui qui a commandé les travaux. Plusieurs ministères ont réglé leurs dus, mais pas le ministère des Travaux publics », affirme-t-il. Le ministère devrait également 6 millions de dollars à des entrepreneurs suite à des travaux « lancés par M. Mikati au début des années 2000 coûtant environ 6 millions de dollars et qui n’ont pas été payés », ajoute Maroun Helou, sans détailler la nature de ces travaux
Pour le syndicat, la solution à ces arriérés de paiements se trouve dans le projet de budget actuel. « Le député Ibrahim Kanaan, président de la commission parlementaire des Finances et du Budget, nous a promis qu’il fera appel à nous lorsque le budget sera transféré au Parlement. Nous pourrons ainsi leur détailler les montants qui nous sont dus. » En discussion depuis le 8 février, le projet de budget pourrait être adopté par le Conseil des ministres vendredi prochain

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