ÉCONOMIE : L’économie des États-Unis peut-elle croître sans immigrés

ÉCLAIRAGE

OLJ
06/02/2017

Le tollé soulevé par le décret du président Donald Trump limitant l’immigration aux États-Unis a montré la détresse des immigrés et permis de rappeler que les travailleurs étrangers qualifiés sont indispensables pour nombre d’entreprises américaines.
Ce décret, qui ferme temporairement les frontières des États-Unis aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane et aux réfugiés, a provoqué de spectaculaires manifestations de soutien aux candidats à l’immigration bloqués dans les aéroports.
Les opposants à ces mesures ont reçu le soutien de nombreux patrons de sociétés du secteur technologique américain qui emploie des milliers d’ingénieurs étrangers. Selon ces dirigeants, des centaines de leurs salariés pourraient être affectés par ces mesures.
Donald Trump a depuis longtemps affiché sa volonté d’instaurer une politique économique basée sur le principe de « l’Amérique d’abord », qui privilégie les travailleurs américains sur les demandeurs d’emploi immigrés.
Depuis son arrivée à la Maison-Blanche, le nouveau président a annoncé son ambition de créer 25 millions de nouveaux emplois durant les dix prochaines années et de plus que doubler le taux de croissance à 4 %.

Augmenter la population
Des économistes, cependant, affirment que ces objectifs seront impossibles à atteindre sans reporter l’âge de la retraite ou d’accueillir un grand nombre d’immigrés, ou les deux.
Le conseiller de Donald Trump, Stephen Bannon, avait affirmé en 2015 que la présence d’Asiatiques dans la Silicon Valley pourrait miner « la société civique », un point de vue salué par l’extrême droite américaine. Mais en public Donald Trump avance des arguments de sécurité nationale et économiques. Il a ainsi non seulement promis d’empêcher les entreprises d’externaliser une « main-d’œuvre bon marché », mais aussi « d’imposer comme condition absolue d’embaucher d’abord des travailleurs américains ».
Dans son discours d’investiture, il avait déclaré que le pays devait « protéger (ses) frontières des ravages des autres pays fabriquant nos produits, spoliant nos entreprises et détruisant nos emplois ». Mais doubler la croissance et créer 25 millions d’emplois d’ici à 2027 est incompatible avec une limitation de l’immigration, estiment des économistes.
« La seule manière de donner du sens à ces propositions pour un économiste est d’augmenter la population », explique Jennifer Hunt, ancien chef économiste au ministère du Travail. Mme Hunt, qui travaille maintenant à la Rutgers University, a aussi participé à des travaux menés par l’Académie nationale des sciences qui avaient conclu qu’à long terme, l’immigration bénéficierait beaucoup à l’économie américaine, avec « peu, voire pas d’effets négatifs » sur l’emploi ou les salaires des Américains nés aux États-Unis.
Pendant les années 90, les immigrés ont aussi considérablement contribué, grâce à l’innovation, à la croissance.
« En 2000, comparativement à 1990, le produit intérieur brut par habitant était entre 1,5 % et 2,5 % plus élevé avec l’immigration que sans immigration », a noté Mme Hunt. Et les immigrés ont représenté un tiers des nombreux nouveaux brevets déposés entre 1990 et 2000, selon elle.

« Totalement irréalisables »
Les objectifs de Donald Trump sont « totalement irréalisables » avec la main-d’œuvre actuelle, renchérit Ian Shepherdson, chef économiste à Pantheon Macroeconomics.
« Il n’y a simplement pas la main-d’œuvre pour y arriver », explique-t-il, en relevant que les entreprises elles-mêmes ont de plus en plus de difficultés à répondre à la demande, a fortiori si un programme de grands travaux est engagé.
Pour Ben Zipperer, de l’Economic Policy Institute, une croissance de l’immigration sera d’autant plus nécessaire qu’un Américain sur quatre sera âgé de plus de 65 ans dans les dix prochaines années. Cet expert explique dans son blog que la seule solution pour pourvoir les 25 millions d’emplois que Donald Trump entend créer d’ici à dix ans est de faire appel à des immigrés ou de demander aux personnes de travailler plus longtemps.
Actuellement, la main-d’œuvre immigrée représente environ 25 millions de personnes. « C’est une part plutôt importante de notre économie », a souligné l’économiste.
Douglas Gillison/AFP

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