ÉCONOMIE Le FMI anticipe une baisse durable des envois de fonds des expatriés

Seules 14 % des remises sont envoyées au Liban via des sociétés spécialisées dans le transfert de fonds, contre 59 % directement en espèces et 27 % via des dépôts bancaires, rapporte le FMI. Shannon Stapleton/Reuters

LIBAN – RAPPORTDans un rapport récent, le Fonds monétaire international estime que le faible niveau des prix du pétrole devrait nuire aux remises des expatriés, qui devraient baisser de 19 % d’ici à 2019.

31/01/2017

Alors qu’à plusieurs reprises le Fonds monétaire international (FMI) estimait qu’en tant que pays importateur de pétrole, le Liban devrait bénéficier des faibles niveaux des prix du brut, un nouveau rapport publié la semaine dernière pointe, lui, une conséquence néfaste de cette conjoncture sur les remises des expatriés.

Se basant sur un modèle statistique étudiant l’impact des prix du pétrole sur différents facteurs, tels que l’inflation, la demande de capital, ou le panier de consommation des ménages, le FMI a également isolé l’impact de cette baisse des prix sur les remises des expatriés. Conclusion de cette simulation : « Les rentrées de remises vont diminuer d’environ 19 % (d’ici à 2019), soit d’environ 1,5 milliard de dollars, ou 3 % du PIB (par rapport à leur niveau estimé en 2014) », note le rapport. Dans le modèle, les remises devraient repartir légèrement à la hausse pour les années 2020-2021, restant toutefois largement inférieurs à leur niveau en 2014 (-17 %).

Importance du Golfe
« Cette simulation se base sur l’hypothèse que les prix du pétrole se comporteront comme prévu en 2016, mais il s’avère qu’ils ont augmenté plus vite que ce que nous avions prévu. Par conséquent, il est probable que l’impact négatif prédit par le modèle sera plus faible si les prix du pétrole continuent d’augmenter à un rythme plus rapide », nuance l’auteure du rapport, Maria Belen Sbrancia. De fait, l’accord conclu, le 30 novembre à Vienne, par les 14 pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) sur une baisse de leur production de brut de 1,2 million de barils par jour à compter de cette année, a déjà permis d’enrayer une chute des cours constatée depuis 2014. D’autant que cet accord a été suivi d’un autre, signé le 10 décembre, entre le cartel et 11 autres pays pour qu’ils réduisent à leur tour leur production de 558 000 bj. Pour autant, la plupart des projections internationales misent sur une stabilisation autour des 50 dollars le baril pour les années à venir, un niveau qui reste bien loin des 80 dollars le baril de 2013.

La corrélation entre l’évolution de ces remises et celle des prix du pétrole résulte notamment de leur provenance. Alors que la BM estime que seul un quart des remises proviennent des pays arabes, le FMI met en avant d’autres données qui suggèrent une importance bien plus forte de ces pays, tant en fréquence qu’en volume. L’institution s’appuie notamment sur des données de la Banque du Liban (BDL), qui estime que 60 % des remises proviennent des pays du Golfe et notamment des Émirats arabes unis, du Qatar, de l’Arabie saoudite et du Koweït. Citant la BDL, le FMI rapporte qu’au cours des 6 dernières années, seules 27 % des entrées de remises transitaient par les dépôts bancaires, alors que 14 % provenaient des sociétés spécialisées dans le transfert de fonds et que les 59 % restants étaient envoyés en espèces.

(Lire aussi : Baisse du coût des remises de la diaspora au quatrième trimestre 2016)

Complément indispensable
Cette tendance de déclin des remises vers le Liban n’a toutefois pas encore été perceptible depuis la chute des cours du brut. Selon les prévisions émises par la Banque mondiale (BM), les remises des expatriés ont ainsi respectivement augmenté de 0,7 % en 2015 et de 1,6 % en 2016. Estimées à 7,6 milliards de dollars pour cette année-là, elles représenteraient 14,7 % du PIB. Une importance soulignée par le rapport du FMI qui, reprenant les chiffres de la BM, note que « les transferts de fonds vers le Liban (…) sur les dix dernières années (le placent) dans le top 20 mondial des pays destinataires en terme absolu, et (…) en tête de liste lorsqu’elles sont exprimées par habitant ».

S’il s’avérait, le déclin anticipé par le FMI serait donc un véritable coup dur pour l’économie libanaise. D’abord parce que ces remises, qui représentent plus du double de la valeur des exportations (2,97 milliards de dollars en 2016 selon les Douanes) contribuent à financer le déficit structurel de la balance courante. Ensuite par ce qu’elles constituent un complément de revenu indispensable à de nombreux ménages pour leur permettre « d’accéder à des services d’éducation et de santé qu’ils ne seraient pas en mesure de financer autrement », note le rapport. Une étude de l’ancien directeur général de l’Administration centrale de la statistique (ACS), Robert Kasparian, publiée en 2014 et citée par le rapport, estime que les remises représentent 40 % du revenu des ménages bénéficiaires. Ces ménages financent 40 % de leurs frais d’éducation via celles-ci. En revanche, les ménages qui ne bénéficient pas d’envoi de fonds paient 75 % des coûts liés à l’éducation via leurs propres ressources. En ce qui concerne l’accès aux services de santé, les remises permettent de financer 40 % de l’assurance-maladie des ménages et représentent également une source importante de financement pour les médicaments.

(Pour mémoire : La diaspora appelée au chevet de la croissance libanaise)

Le FMI identifie néanmoins deux facteurs pouvant atténuer l’impact de cette baisse des remises anticipée. D’abord les effets du conflit syrien : « Les remises envoyées du Liban ont diminué, car de nombreux Syriens qui venaient au Liban en tant que travailleurs saisonniers vivent maintenant dans le pays ou se sont installés dans un autre pays. Les remises nettes (les entrées moins les sorties) pourraient donc moins diminuer que ce que suggère le modèle qui ne considère que le choc des prix du pétrole », note le rapport. Ensuite, « la baisse des prix du pétrole a non seulement entraîné un recul des envois de remises mais également une baisse des coûts de l’énergie pour les ménages, ce qui rend difficile de connaître a priori quel effet dominera sur l’autre », observe Maria Belen Sbrancia.

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