ÉCONOMIE : Airbnb à Beyrouth : déjà la saturation

Vue aérienne de Beyrouth. Photo AFP

IMMOBILIERLes logements loués sur Airbnb dans la capitale sont en augmentation et leur gestion se professionnalise, mais le marché connaît déjà des signes de ralentissement.

08/08/2017

Malgré les mesures prises par différentes villes dans le monde comme Paris ou New York pour limiter l’expansion d’Airbnb, accusée d’être responsable de la pénurie de logements abordables, l’expansion de la plate-forme de location entre particuliers ne se dément pas. Selon Bloomberg, elle fait partie des deux start-up technologiques les plus prisées aux États-Unis avec Uber, mais Airbnb s’est démarquée en devenant rentable fin 2016 tandis qu’Uber accusait des pertes de 3 milliards de dollars.
En ce qui concerne Beyrouth, Airbnb a encore de beaux jours devant elle, surtout que les autorités locales n’ont pas pris de disposition particulière envers la plate-forme. Au vu des annonces qui s’affichent sur le site d’Airbnb pour le Liban, l’offre reste concentrée dans la capitale. Selon les chiffres d’AirDNA, qui collecte et analyse les données d’Airbnb, elle reste également bien inférieure à celle des hôtels, avec 783 chambres ou appartements disponibles en juin 2017 à Beyrouth. Le syndicat des hôteliers du Liban y recense 10 000 chambres d’hôtels.
Selon Wadih Kanaan, secrétaire général du syndicat, « la popularité d’Airbnb ne nuit pas aux hôtels. C’est une clientèle différente qui contribue à tisser une ambiance touristique ». Mais il souligne que la plate-forme ne « respecte pas les lois libanaises en ce qui concerne la location, les permis touristiques ou les impôts ». Par exemple, les hôtels paient une TVA de 10 %, contrairement au site de location entre particuliers.

Saturation
Reste que la progression de chambres ou d’appartements affichés à Beyrouth sur Airbnb par rapport à l’année dernière est particulièrement importante (+150 %). Cette hausse montre cependant des signes de saturation, car le revenu par logement a seulement augmenté de 25,7 %, à un peu plus de 48 dollars, soit de manière bien moins rapide que le nombre de logements disponibles, selon les chiffres d’AirDNA. L’entreprise considère que le site de location est en forte expansion seulement si la recette par chambre disponible progresse de manière équivalente ou plus rapide que le nombre de logements.
Si l’on compare Beyrouth à d’autres villes de la région, on voit qu’Airbnb y progresse bien moins rapidement qu’à Tel-Aviv par exemple, qui abrite une population à peu près équivalente et dont le nombre de logements affichés sur la plate-forme a augmenté de 10 % entre juin 2016 et juin 2017 à 8479, mais dont le revenu a augmenté de 50 %, à 100 dollars. Beyrouth fait cependant mieux que Le Caire, ville de 9,5 millions d’habitants où l’on ne trouvait que 253 logements affichés sur Airbnb en juin 2017.
Selon Rouf, le pseudonyme d’un gérant de 11 logements sur le site à Beyrouth, il ne fait aucun doute que le marché local est plus compétitif cette année qu’en 2016. « J’étudie le marché de près et je vois le nombre de logements augmenter de manière quotidienne. Les gens sont de plus en plus nombreux à se rendre compte qu’ils peuvent mettre une chambre non utilisée sur la plate-forme », observe celui qui a choisi d’abandonner son métier dans le commerce du pétrole en Asie pour se consacrer uniquement à Airbnb. Mais selon lui, ce type de location rencontre peu de succès, car il ne se démarque pas assez de la concurrence. Les logements gérés par Rouf ont tous été retravaillés par des architectes, ce qui lui permet d’assouvir sa passion pour le design.

Professionnalisation
Plusieurs indications pointent vers une professionnalisation accrue d’Airbnb à Beyrouth. Tout d’abord, l’apparition progressive d’hôtes multipropriétaires comme Rouf, qui en comptabilise 3 comme lui à Beyrouth aujourd’hui. D’après une enquête du Monde menée dans vingt villes françaises et publiée le 4 août dernier, le marché profite en majorité aux gros loueurs. Bien éloigné du cliché de la location occasionnelle de la chambre d’amis, Rouf gère deux des propriétés qui sont listées dans le Top 10 des logements dans la capitale par AirDNA. Cette professionnalisation se fait au détriment de l’expérience authentique chez l’habitant, reconnaît-il. « Les clients ne veulent pas d’une expérience “corporate”, il faut garder une touche personnelle. »
Autre indice de la professionnalisation d’Airbnb à Beyrouth : l’explosion de la location de logements entiers (+ 135 % en un an à juin 2017 à 423). Les hôtes louent donc moins leur logement principal. C’est le cas pour le propriétaire de l’appartement le plus populaire de Beyrouth sur Airbnb, Khalil, qui habite à Dubaï. « Je l’ai acheté dans le même immeuble que mon père il y a 5 ans, mais je l’ai mis sur Airbnb 3 ans plus tard pour me sentir moins coupable de ne pas y séjourner plus d’une ou deux fois par mois », explique-t-il à L’Orient-Le Jour. « C’est un passe-temps rigolo ! Un peu comme gérer son propre hôtel. » Comme les propriétés gérées par Rouf, l’appartement de Khalil est plein à 70 % du temps.

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