Des archives de l’agent double Kim Philby dévoilées à Moscou


À Moscou, l’exposition « Kim Philby dans l’espionnage et dans la vie » raconte la carrière du plus célèbre agent double de la guerre froide, qui vivait à Beyrouth. Kirill Kudryavtsev/AFP

PENDANT CE TEMPS, AILLEURS…
OLJ03/10/2017

Sous le sceau rouge « Top Secret », des pages jaunies tapées à la machine destinées au KGB racontent la guerre froide, ses opérations secrètes, ses trahisons : à Moscou, une exposition dévoile des archives inédites du plus célèbre agent double de l’âge d’or de l’espionnage. Kim Philby était le plus efficace de ceux que les historiens ont appelé les « Cinq de Cambridge », cinq anciens étudiants de la prestigieuse université britannique recrutés par l’URSS dans les années 1930 et qui ont travaillé pour Moscou pendant plusieurs décennies.
À travers des objets personnels, comme ces cigares offerts par le leader cubain Fidel Castro, mais aussi de précieuses notes dactylographiées tirées des archives du KGB, l’exposition Kim Philby dans l’espionnage et dans la vie raconte sa carrière d’agent double, qui dura jusqu’au 23 janvier 1963. Sur le point d’être arrêté par le MI6 britannique, il fuit alors la capitale libanaise en cargo et rejoint Moscou, où il vivra jusqu’à sa mort en 1988, à 76 ans.
En Russie, notamment au sein des services secrets, Kim Philby est toujours considéré comme un héros. C’est d’ailleurs Sergueï Narychkine, le directeur du service russe de renseignement extérieur (SVR), qui a inauguré l’exposition hébergée par la Société russe d’histoire jusqu’au 5 octobre. Les plafonds voûtés des sous-sols de la Société russe d’histoire renforcent l’impression de secret. Les pièces présentées datent pour la plupart des années 1940 et les notes transmises par Philby à ses officiers traitants, toujours marquées d’un sceau rouge « Top Secret », sont en anglais. Certaines ont été traduites en russe, comme celle adressée à Staline et à son ministre des Affaires étrangères, Viatcheslav Molotov. Une autre note, envoyée en 1949 alors que Philby vient d’être nommé agent de liaison avec la CIA à Washington, donne des informations sur les opérations britanniques et américaines en Albanie communiste.


À Moscou, l’exposition « Kim Philby dans l’espionnage et dans la vie » raconte la carrière du plus célèbre agent double de la guerre froide, qui vivait à Beyrouth. Kirill Kudryavtsev/AFP

« Philby était un patriote pour ses deux nations : l’Union soviétique et la Grande-Bretagne », explique Konstantin Moguilevski, directeur de la Fondation pour l’histoire de la patrie, selon qui « il n’a jamais mis en danger la vie de ses collègues britanniques ». Les historiens estiment pourtant que les renseignements transmis par Philby à l’URSS ont provoqué la mort de plusieurs centaines d’agents travaillant derrière le rideau de fer, pour les Britanniques et les Américains, pendant la guerre froide. Mais selon M. Moguilevski, Philby peut être comparé à Edward Snowden, l’ancien agent de la NSA réfugié en Russie après avoir fait fuiter des documents sur le programme d’espionnage américain.
L’exposition inclut aussi le rapport de Philby sur sa fuite de Beyrouth. Alors qu’il devait retrouver sa femme Eleanor à une réception et sachant qu’il allait être arrêté, il s’enfuit à bord d’un cargo soviétique appareillant pour Odessa, en Ukraine. Eleanor le rejoindra en URSS, avant de le quitter deux ans plus tard. Philby s’est remarié à Moscou. Sa dernière épouse, Rufina Pukhova-Philby, âgée de 85 ans, a participé à l’inauguration de l’exposition à laquelle elle a contribué en apportant les cigares offerts par Fidel Castro et un fauteuil qui appartenait à un autre des « Cinq de Cambridge », Guy Burgess.
Cette exposition est organisée alors que la première chaîne russe s’apprête à diffuser un documentaire en trois parties sur la carrière de Kim Philby. Deux autres des « Cinq de Cambridge », Guy Burgess et Donald MacLean, finirent leurs jours à Moscou. La trahison du quatrième, Anthony Blunt, un historien d’art réputé, fut révélée au public par Magaret Thatcher en 1979, provoquant un scandale en Angleterre. L’identité du cinquième ne fut en revanche jamais clairement définie.
Mais pour Philby, la réalité soviétique fut bien éloignée des idéaux qui l’avaient poussé à trahir la Grande-Bretagne, bien que l’exposition ne mentionne pas ses difficultés d’adaptation. Il ne maîtrisait pas le russe et souffrit souvent de mélancolie en Union soviétique. Issu de l’aristocratie britannique, Philby resta pourtant un communiste convaincu jusqu’à la fin. L’exposition montre d’ailleurs un mot envoyé en 1977 au KGB pour le 100e anniversaire de la naissance de Felix Dzerjinski, le fondateur de la police secrète : « Puissions-nous vivre assez pour voir le drapeau rouge flotter sur Buckingham Palace ! »

Source : AFP

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