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CULTURE : Yared, Khoury, Hakim, Moultaka, et leur Liban comme Alma Mater…

26/01/2017

Dans ses Figures musicales du Liban (éditions Geuthner), Zeina Saleh Kayali souhaite transmettre, outre sa passion indéfectible pour la musique, un témoignage direct et de « première main » des compositeurs libanais. La chargée de mission à la délégation du Liban auprès de l’Unesco et vice-présidente du Centre du patrimoine musical libanais (CPML- espace Robert Matta) a récemment lancé les quatre premiers ouvrages de cette collection. Ils sont consacrés à quatre compositeurs majeurs : Gabriel Yared, Béchara el-Khoury, Zad Moultaka et Naji Hakim. L’auteure donnera ce soir, à 18h au Conservatoire national, un aperçu de la vie et de l’œuvre de ces artistes « tellement différents, mais qui ont en commun le fait d’être nés et d’avoir grandi au Liban, de vivre et de travailler en France, et de jouir d’une grande notoriété ».

Les quatre compositeurs qui ouvrent cette collection sont très différents tant par la personnalité que par la musique. Vous les avez côtoyés et interrogés de près. Comment les décrire brièvement ?
Béchara el-Khoury est un romantique impressionniste, pour reprendre les termes de Gérald Hugon. Gabriel Yared, l’homme à l’oscar, est celui dont la musique transcende l’image. Naji Hakim improvisateur et organiste de génie, et Zad Moultaka fondateur de la musique arabe contemporaine. Ils sont certes très différents par la personnalité et le langage musical, mais très semblables par la passion et l’acharnement au travail.

Ils ont également un autre point en commun : le Liban comme source d’inspiration. Quelle image du pays du Cèdre persiste dans l’imaginaire de ces artistes ?
Le Liban, qu’ils ont tous les quatre quitté vers l’âge de 20 ans, mais à des époques différentes puisqu’ils n’ont pas le même âge, est très présent dans leur musique. Gabriel Yared est l’un des premiers musiciens au monde (sinon le premier) à avoir osé introduire les instruments orientaux dans l’orchestre symphonique occidental (Hannah K, Le Prophète…). Naji Hakim a trouvé dans le folklore libanais et dans les hymnes maronites une formidable source d’inspiration (ouverture libanaise, aalaikissalam…). Béchara el-Khoury a mis sa sensibilité de poète et son âme de symphoniste au service des souvenirs de son enfance au Liban (Orages, Les Ruines de Beyrouth). Zad Moultaka s’est emparé de la tradition pour la déconstruire avec génie (Zajal, Lama sabaqtani…). Le Liban encore et toujours comme une Alma Mater.

S’il fallait trouver une pièce maîtresse à chacun, laquelle cela serait ? Et pourquoi ?
Pour Gabriel Yared, Camille Claudel, dont le souffle romantique est totalement envoûtant. Pour Béchara el-Khoury, Les Ruines de Beyrouth, à cause du mélange de souffrance lancinante et de grandeur qui s’en dégage. Pour Naji Hakim, ce sera L’Ouverture libanaise, qui allie si bien la nostalgie des mélodies de notre enfance avec le grand art d’un maître en orchestration. Enfin, pour Zad Moultaka, Zarani el-mahboub, pour la poésie alliée à l’effronterie et à la révolte, avec bien sûr toujours dans l’oreille et dans l’esprit la voix de Fadia Tomb el-Hage, qui en a été la créatrice.

Des anecdotes à partager sur chacun ?
À l’âge de six ans, Gabriel Yared menace son père de se jeter sous le tramway si celui-ci ne lui achète pas l’accordéon qui est dans la vitrine.
À l’âge de 12 ans, Naji Hakim monte en cachette à la tribune de l’orgue du Sacré-Cœur à Gemmayzé. Il se fait attraper et passer un savon par le frère directeur.
À l’âge de quatre ans, Zad Moultaka, qui ne tient pas en place, se calme instantanément pendant la leçon de piano de son grand frère et s’installe sous l’instrument sans bouger pendant plus d’une demi-heure.
À l’âge de dix ans, Béchara el-Khoury quitte subrepticement la maison familiale de Bickfaya, où il passe l’été avec ses parents, pour suivre le son du piano qui s’élève de la maison voisine. C’est le pianiste Walid Akl qui joue et qui enchante l’enfant, notamment dans son interprétation de Rachmaninov.

Les prochains de la série ?
Certains compositeurs disparus, dont les familles ont déposé des archives au Centre du patrimoine musical libanais (CPML- espace Robert Matta). Il est important de donner un coup de projecteur sur ces artistes parfois oubliés et qui ont été fondateurs dans la construction du Liban musical.

•Zeina Saleh Kayali donnera une rencontre-signature ce soir, à 18h, dans la salle de répétition des orchestres du Conservatoire national supérieur de musique à Zokak el-Blatt.

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