CULTURE : Tara et Tessa Sakhi, ensemble, c’est tout


Tara et Tessa Sakhi partagent un nom de famille et un goût prononcé pour les challenges. Photo Tarek Moukaddem
PORTRAITEnthousiastes et gourmandes de la vie, ces deux (sœurs) architectes vivent une gémellité professionnelle depuis 2015, date de la fondation de leur « Atelier2té » qui se régale à empoigner des projets variés et audacieux.

25/08/2017 

Dans ce portrait croisé, on évitera soigneusement de tomber dans le jeu usuel qui consiste à dresser les sept différences d’un duo, de surcroît familial. Les sœurs Sakhi sont architectes. Tessa a 26 ans et Tara 28. L’une (Tessa) paraît plus pétulante, plus débrouillée, plus déverrouillée, « plus rationnelle aussi, je ramène souvent ma sœur sur terre », quand l’autre (Tara) semble plus ailée, plus monte-en-l’air, « je rêve sans cesse », avoue-t-elle. Et bien que chacune ait déjà cultivé l’étoffe de sa personnalité, on imaginerait bien ces deux brunes brûlantes, fausses jumelles d’une amazone cuivrée, sur un double dame en tandem, alternant la frappe de balle, foulant la terre battue, puis glanant récompenses et reconnaissances précoces. De fait, une intuition nous dit qu’il y a de l’athlète chez cette paire de filles zen et jolies, de l’endurance et du panache, du tonus aussi. « On se lance chaque jour un défi », concèdent-elles d’une même voix qui sait déjà se faire entendre.

 

Blue Velvet
C’est ainsi, avec leur goût prononcé pour les challenges, que les filles lancent leur Atelier2té dont elles expliquent l’appellation : « Atelier, car ce terme sied à notre esprit : on démarre d’un brainstorming, des discussions qui partent d’un film, d’une chanson, on se sépare, voyage souvent, réfléchit chacune de son côté avant de se retrouver pour attaquer le travail. » Tara Sakhi rajoute : « C’est le cas de Blue Velvet de David Lynch, qui a été le point de départ pour la conception du SAX, un restaurant et jazz bar à l’ambiance veloutée et feutrée. » Et Tessa qui, d’un haussement d’épaules, n’a rien à prouver, dit : « Nous ne sommes pas dans la démonstration architecturale. Ce qui nous motive et nous passionne, ce sont les gens, ce dont ils ont besoin et ce qu’on leur apporte à travers notre travail. » Et quand d’autres s’inquiéteraient qu’on les suspecte de papillonner, de se disperser, ou préfèrent se housser dans des pseudo concepts cérébraux, les sœurs Sakhi se font tout à fait raccord avec une époque qui cherche des hommes et des femmes orchestres aux talents de caméléons pragmatiques, et se délectent presque du fait « qu’on ne nous a pas estampillé un style particulier. Nous avons des intérêts variés, et cela se reflète sur notre œuvre. »

 

Skybar 2.0
Surtout, elles se plaisent à labourer les champs du possible liés à leur profession, à croiser leur architecture qu’elles veulent « collaborative » avec d’autres disciplines, design ou art, se verraient bien exposées dans un musée ou même cornaquant des projets sociaux. Planchant récemment sur les souffleurs de verre de Murano avec lesquels les fondatrices de l’atelier2té ont collaboré pour des pièces conçues dans le cadre de la biennale de House of Today, elles parviennent aisément à changer de registre pour de plus grosses productions. D’abord le réaménagement du O1NE en 2015, cœur battant de la vie nocturne beyrouthine puis, dernièrement, la « réinvention » du Skybar version 2.0 que ses adeptes attendaient de pied ferme depuis deux ans. Fortes de leur opiniâtreté au fer rouge et de leur audace en béton cimenté, les deux architectes ont donc peaufiné jusqu’au moindre détail, « l’importance du vert et des plantes, les miroirs fragmentés qui provoquent des illusions d’optique, les salles de bains aménagées comme des espaces de rencontres », ce chantier qu’elles estiment « à la fois excitant et effrayant ».

« Nous avions la lourde tâche de réinventer le concept sans trop le dénaturer. Voilà pourquoi nous avons inversé l’expérience de l’entrée qui se fait désormais par le haut, comme si l’on surplombait les souvenirs de l’ancien Skybar, tout en conservant les essentiels du lieu », concluent-elles au lendemain de l’ouverture en feu d’artifice, les pommettes brodées de cernes où peuvent désormais se reposer leurs yeux qui voient loin et rêvent grand.

اضف رد

لن يتم نشر البريد الإلكتروني . الحقول المطلوبة مشار لها بـ *

*