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CULTURE : Saudade et misère au bout du pinceau de Fathallah Zamroud

Fathallah Zamroud, « Untitled », 160 x 160 cm, acrylique sur toile.

EXPOSITION
À la galerie Ayyam, le peintre expose ses œuvres comme un constat d’une triste réalité.
Danny MALLAT | OLJ06/10/2017

À parcourir ses tableaux exposés à la galerie Ayyam, le visiteur prend vite la mesure de ce qui motive Fathallah Zamroud : le témoignage. Son œuvre résonne ainsi comme un écho à l’actualité de son temps, triste temps… Le passage d’une toile à l’autre se fait comme une déambulation dans l’histoire, celle-là même que l’on cherche à oublier dans un ultime mode de défense, pour rester calfeutré dans une vie bourgeoisement protégée. Mais (combien et jusqu’à quand) peut-on oublier ?

Adrénaline
Fathallah Zamroud fait partie de cette trempe d’artistes qui cherchent à rétablir la vérité dans le grand récit de l’humanité. Une humanité déchirée par les conflits, une humanité qui assiste impuissante à l’enfance bafouée, aux droits de l’homme outragés, et à une liberté de vivre anéantie. Il reconnaît que son art est d’abord lié à un vécu. Enfant de la guerre civile libanaise, il est issu d’une lignée d’exilés. D’abord, les grands-parents, qui ont fui la Turquie, et – l’histoire qui se répète – les parents, qui quittent la Syrie. Le Liban se présentait comme une évidente terre d’accueil, mais les événements allaient le transformer en un parcours plutôt éprouvant.
« Aussi loin que je me souvienne, je dessinais, sauf que l’art n’a jamais trouvé sa place au sein de ma famille. Commerçants, artisans, orfèvres et bijoutiers, mes parents étaient, avant tout, mus par le souci des affaires bien faites et par l’urgence d’éduquer quatre garçons à l’abri du besoin et des chemins escarpés. » À l’âge où l’on ne prend pas ses décisions tout seul, Fathallah Zamroud négociait les cours de sport contre ceux de peinture. « Je préférais mettre mes forces à l’épreuve aux coups de crayon et de pinceau. C’était un combat en solitaire, personne pour m’encourager. » À l’âge où l’on croit pouvoir prendre ses décisions tout seul, les arts plastiques n’étaient toujours pas une option permise. Le jeune homme se heurtait à un refus catégorique : ses parents n’avaient aucune considération pour « les caprices ». « Il te faut accomplir des études sérieuses », lui avait dit son père. Fathallah Zamroud s’engage alors dans un chemin parallèle, celui de l’architecture d’intérieur, et choisit les arts plastiques en option. Il décroche, en même temps, une bourse pour une école d’art à Londres et le non catégorique de ses parents. Le temps passe, l’artiste accumule ses toiles et ses espoirs au fond d’un atelier, gère les affaires familiales, dessine la journée des bijoux, calcule les après-midis les gains, et le soir, ce qui lui reste comme tubes de peinture. Jusqu’à cette rencontre qui allait définir sa vie…

D’un camp à l’autre
Louna Maalouf, professeur à l’Académie libanaise des beaux-arts, reçoit dans son atelier personnel des artistes en herbe pour les former. Fathallah Zamroud fera partie, à son grand bonheur, des élus. Huit ans plus tard, après avoir écumé toutes les méthodes, de l’huile à la gouache, de l’aquarelle au fusain, après avoir parcouru toutes les écoles, de l’impressionnisme au fauvisme, du figuratif au cubisme, il en ressort accompli et prêt à se lancer. Il avait enfin atteint l’âge où personne ne pouvait se mettre en travers de son chemin. Une seconde rencontre, avec les propriétaires de la galerie Ayyam, allait s’avérer décisive. On lui propose un essai pour des toiles de grand format. En 2014, alors que la guerre en Syrie préoccupait le monde entier, la première exposition de l’artiste allait voir le jour et son obstination être récompensée.
Le champ de travail de Fathallah Zamroud est le champ du désespoir et de la misère. Des camps de réfugiés, ceux de la Syrie ou de la région de Bourj Hammoud, ou même ceux de la jungle de Calais, il ne retiendra pas les visages. « Je voulais laisser la place au silence, celui de la misère et celui du monde face à tant de tragédies. » Les maisons en ruine, la nature en deuil, les décombres triomphants allaient rendre compte de sa sensibilité. Après avoir exposé à la biennale de Sharjah, voici aujourd’hui Zamroud présentant sa deuxième exposition sur les cimaises de la galerie Ayyam. Le travail de l’artiste s’universalise pour se faire le porte-parole des réfugiés du monde entier, et ses toiles aux relents architecturaux par leur construction et leur dynamique s’habillent d’un peu plus de lumière et de couleurs. Au fond de la boîte de Pandore qui a dégagé tous les maux de la terre, n’y avait-il pas aussi l’espérance ?
Écorché vif de la vie, cet artiste au regard désarmant de tendresse et de compassion avoue n’avoir jamais eu l’angoisse de la toile blanche. « Quand je me prépare à entamer une œuvre, je suis face à tous les possibles et avec la liberté comme seul moteur. » Et quoi de mieux pour travailler que le fado, cette musique qui incarne, mieux que toutes, la nostalgie du passé, le mal de vivre, le chagrin et l’exil, quoi de mieux que la saudade, au son de laquelle l’artiste empoigne, tous les matins, la misère du monde. À la force de ses couleurs et de sa détermination, pour mieux transcender le malheur et honorer l’humanité, aujourd’hui déshumanisée.

Ayyam Gallery Beirut
Fathallah Zamroud
Distant Remains
Jusqu’au 28 octobre 2017

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