Culture Samir Tamari, peintre à l’âme d’enfant

RencontreSes toiles sentent bon le parfum des souvenirs d’enfance, mais elles soulèvent aussi des questions existentielles

16/06/2017Samir Tamari est un enfant. Un enfant de la pub d’une cinquantaine d’années à la barbe blanchissante, certes. Il admet lui-même s’entendre davantage avec les jeunes plutôt qu’avec les adultes, « qui ne sont que rarement eux-mêmes », dit-il. Mais n’est-ce pas là une vertu pour un artiste que d’avoir une âme d’enfant ? Picasso ne disait-il pas que lorsqu’il était petit, il dessinait comme Raphaël, mais qu’il lui avait fallu  –  toute une vie pour apprendre à dessiner comme un enfant

Les peintures de Tamari (exposées à l’espace Jacques Ouaiss*) portent en elles un message, celui du temps qui passe et « sa répercussion sur les hommes, surtout les plus vieux », selon la formule de l’artiste. Dans ses tableaux, on croise ce retraité en peignoir qui, désespéré, adresse un doigt d’honneur à une pendule à coucou ; on rencontre aussi ce vieillard penché sur sa canne, qui essaie de récupérer son lapin en peluche, tombé entre les mains d’un policier aigri ; et puis tous ces pantins de bois, semblables à des marionnettes, qui animent en grand nombre les toiles de l’artiste. Son tableau préféré, intitulé Is Life a Game ?, témoigne de cette immarcescible contingence qui traverse toute son œuvre : un enfant désorienté contemple un jeu d’échelle, jalonné par les grandes étapes qui font la vie d’un homme : les bancs de l’école, le mariage, la naissance d’un premier enfant, la vieillesse. Une allégorie de la vie, des turpitudes et des joies qu’elle comporte. « J’ai peint ce tableau pour ma fille, le point d’interrogation qui remplit la dernière case du jeu signifie que nul ne sait comment ce jeu, auquel nous participons tous, se terminera », explique-t-il. Et l’artiste d’ajouter : « Ma peinture est une peinture de contrastes, qui laisse une place importante au doute. » En somme, le trait de pinceau généreux et enfantin de Samir Tamari panse ses propres peines et blessures, en même temps que les nôtres, et compense la gravité des sujets qu’il traite : « Quand on a l’œil enflé, on met de l’eau de fleur dessus, c’est un peu ça ma peinture », conclut-il

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