CULTURE : Quand deux artistes libanais côtoient Picasso


EXPOSITIONAu Musée national Picasso de Vallauris, face à l’œuvre du grand maître malaguène, « La guerre et la paix », Joana Hadjithomas et Khalil Joreige exposent «  Se souvenir de la lumière »* parmi d’autres artistes contemporains

17/07/2017

chapelle romane du XIIe siècle située à Vallauris, où Picasso aurait passé 10 ans de sa vie, se verra embellie d’une œuvre monumentale et deviendra un musée national. Cette fresque qui occupe une grande pièce est achevée en décembre 1952, mais ne sera définitivement installée dans la chapelle qu’en 1954
Se souvenir de la lumière , installation de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige, a d’abord été présentée au Musée du jeu de paume. Elle est choisie par la commissaire des Musées nationaux du XXe des Alpes-Maritimes en référence au chef-d’œuvre de Picasso. L’étonnant chez ces deux artistes, partenaires dans la vie comme au travail, c’est qu’ils aient réussi à ne pas se laisser cataloguer dans un seul genre. Artistes autodidactes, ils sont devenus cinéastes et plasticiens par nécessité, au lendemain des guerres civiles libanaises. Entre photographies, installations vidéo, films de fiction ou documentaires, leur art conceptuel a été montré dans de nombreux musées, centres d’art et biennales internationales, leurs longs métrages ont été sélectionnés dans plusieurs festivals internationaux où ils ont remporté de multiples prix. Ils sont nominés pour le prestigieux prix d’art contemporain Marcel Duchamp qui sera attribué à l’automne 2017

Luminescence et couleurs
La vidéo diptyque créée en 2016 développe un double récit et s’inscrit dans cette exposition autour du thème de l’engagement. Prendre le large, c’est faire un choix, celui de l’incertitude du destin. Image de la vie et de la mort, la mer en mouvement symbolise les eaux primordiales, cet état transitoire entre les possibles informels et la réalité. Les uns s’y noient, d’autres la franchissent. Sur un des deux écrans que les artistes offrent au regard du spectateur, cinq personnages habillés de vêtements colorés plongent et se laissent couler dans les abîmes aquatiques. Il se présente mystérieusement à leurs regards embués, des chars militaires, une ambulance, un cargo, et d’étranges ruines comme témoignage de la guerre, évoquant le sort indéterminé de ceux qui traversent les mers. Ils se laissent couler sans se débattre, entraînés dans le fond. Les profondeurs vont lentement dissoudre les couleurs. Une image qui renvoie aux plongeons forcés que la vie souvent impose à ceux qui tentent en vain de remonter vers la lumière. Sur un écran parallèle, une écharpe multicolore s’enfonce lentement dans l’eau qui au fil de la descente va modifier la vivacité de ses teintes jusqu’à faire disparaître ses couleurs les unes après les autres. D’abord le rouge, l’orange, ensuite le vert et le bleu. Mais il suffirait d’allumer une lumière pour que le plancton s’en souvienne et la réfléchisse à nouveau

Tous deux amateurs de plongée sous-marine, c’est au cours de leurs pérégrinations aquatiques que l’idée leur est venue. Huit minutes tournées dans la mer Méditerranée leur suffiront pour construire leur œuvre. Khalil Joreige dénonce un monde qui se réduit de plus en plus. « Aujourd’hui, dit-il, il existe moins d’espace, moins de couleurs et on se laisse prendre en espérant retrouver la puissance et l’élan salvateur. » Joanna Hadjithomas révèle pour sa part que dans l’œuvre de Picasso se trouve l’idée du cycle de la vie, celle de la construction et de la déconstruction. Et d’ajouter : « La lumière n’est pas une forme de vérité, mais quand elle disparaît, c’est dans un monde chaotique – le nôtre aujourd’hui – qu’elle nous plonge. Reste que, pareil au plancton, quand l’obscurité nous enveloppe, il suffit d’allumer pour retrouver le sens des réalités et d’appréhender les couleurs de la vie. » Khalil Joreige serait-il hégélien quand il avoue :  –  Notre travail est une approche phénoménologique, l’empirisme est le meilleur moyen de passer du réel pour accéder à l’idée. Notre œuvre ne fait pas référence à une idée établie, mais envisage l’expérience pour laisser le libre choix à l’interprétation et à interroger les imaginaires
Si le visible ne reste jamais le même, l’invisible conserve toujours son identité, et la forme suprême de son existence est immortelle. Quand on a connu l’idée de la beauté, celle des couleurs et de la vie, un peu à la manière de Platon, on est dans la connaissance du vrai. Perdre la voie, c’est souvent un passage pour mieux la retrouver. Khalil Joreige et Joana Hadjithomas tentent l’expérience de la réminiscence en réinventant les images, dans une dialectique contemporaine et audacieuse, et un espace où ils côtoient Picasso. Belle reconnaissance

*« Se souvenir de la lumière »
Joana Hadjithomas et Khalil Joreige
Du 1er juillet au 6 novembre 2017
Musée national Picasso, à Vallauris

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