CULTURE : Peut-on vraiment tenir tête aux dieux

 

Un auteur peut toujours en cacher un autre. Illustration pour un cas d’espèce rare avec « Tahhadi al-Aliha » (« Le défi aux dieux », Dar al-Jadid, 155 pages) de Mahmoud Hussein, à travers une virulente critique du monde arabe et d’un nassérisme dictatorial

19/06/2017
Initialement paru l’année dernière en français chez Gallimard, Tenir tête aux dieux se retrouve aujourd’hui en arabe dans les devantures des librairies, avec la traduction d’Ahmad Ali Badawi, Tahhadi al-Aliha. Comme un naturel retour à la langue native de Mahmoud Hussein, pseudonyme qui masque en fait deux auteurs écrivant à quatre mains

Derrière ce nom aux sonorités et contours parfaitement égyptiens, se cachent donc deux plumes qui portent les noms de Bahjat el-Nadi et Adel Rifaat. Et qui ont déjà à leur actif une série d’ouvrages (tous en langue française) disséquant et contestant le monde arabe et musulman. On cite volontiers : Lutte des classes en Égypte, Les Arabes au présent, Sur l’expédition de Bonaparte en Égypte et récemment pour une brûlante actualité Les musulmans au défi de Daech

On l’aura sans doute compris, ces deux brillants intellectuels, guère compatibles avec les dieux, tyrans et autres vagues destructrices, ne sont pas de tout repos pour les systèmes à œillères des gouvernements arabes et ne rentrent pas docilement et sans bruit dans le moule des moutons bêlants…
Dans un touchant et corsé témoignage, sans doute teinté d’un soupçon de fiction, les deux romanciers, exilés en France et libres-penseurs, ont voulu conter, dans un récit relativement court mais dense, les tribulations et les déboires de leur désir et volonté d’espace et de liberté

L’histoire du roman se situe à l’époque où Nasser vient de prendre les rênes du pouvoir, en 1956. Un étudiant se rebelle et refuse d’être muselé comme tout le monde. Il s’insurge contre ce soi-disant souffle nouveau accordé au peuple des rives du Nil

Le prix des idées

Roman bien écrit (même dans sa traduction arabe, comme un heureux retour aux sources), à la phrase nerveuse, à la pensée constamment tendue, avec des dialogues vifs et bien serrés, tout comme ces pointes acides pour une société qui se cherche et des personnages qui refusent l’inaction. En fait, c’est une importante méditation sur un parcours humain dans le monde arabe. Pour une plus grande clarté, un meilleur discernement, un respect de la vie, une touche de tolérance dans la confusion de cet Orient qui n’en finit plus de s’embraser et de se disloquer
Oui, c’est évident, cette expérience carcérale est douloureuse dans le corps et le souvenir. S’il est vrai qu’on ne tient pas tête impunément aux dieux, il n’en reste pas moins que pour une considération de soi et des idées qu’on défend, la tentative reste édifiante… Après tout, que de morts pour un mot, au nom de la liberté

اضف رد

لن يتم نشر البريد الإلكتروني . الحقول المطلوبة مشار لها بـ *

*