CULTURE Nazek Saba Yared : sa patrie, c’est la langue arabe

16/03/2017

 

Elle a transmis à des générations d’élèves du Collège protestant français, puis d’étudiants à la Lebanese American University, sa passion pour la langue et la littérature arabes. Elle leur a aussi inculqué, par l’exemple, ses valeurs et son intelligence des rapports humains. Idem avec ses confrères et consœurs dans l’enseignement, qui louent son esprit d’ouverture, la simplicité de son attitude et son éloignement de toute forme de mesquinerie ou de bassesse.
Nazek Saba Yared est en elle-même une leçon de vie, quand d’autres se contentent d’être des donneurs de leçons. Une femme qui a toujours vécu au diapason de ses convictions. Une intellectuelle active et dynamique. Docteur Yared, comme l’appellent respectueusement ses collègues du Mouvement des chercheuses libanaises, a toujours fait concorder ses actions et ses écrits. Elle a été l’une des premières (avec Tina Naccache) à dénoncer au tout début des années 90 la maltraitance faite aux femmes et à militer pour le respect des droits des travailleuses domestiques. Féministe sans âpreté, elle a mené de front une carrière multiforme de professeure, de romancière et d’essayiste avec une vie familiale harmonieuse. Férue de théâtre, d’arts et de débats, membre du comité du Festival de Baalbeck de 1970 à 2015, elle continue aujourd’hui, à près de 90 ans, à suivre avec passion tout ce qui se passe sur la scène culturelle libanaise. C’est sur ce parcours foisonnant que sont revenus ses (ex-)collègues et néanmoins amis et ses (ex-)élèves devenus ses condisciples, au cours d’une conférence organisée en son honneur par le Mouvement culturel d’Antélias, dans le cadre de son Salon du livre annuel
Un parcours dense narré dans son autobiographie parue il y a une dizaine d’années aux éditions Dar al-Saqi et intitulée à juste titre Mémoires inachevées, « car je suis encore là », lance malicieusement la principale concernée.

Kyrielle de prix
« Marquée à vie par la guerre de Palestine, cette native de Jérusalem (de père palestinien et de mère libanaise), qui a dû fuir avec sa famille sa terre natale, a trouvé refuge dans la langue arabe qui est devenue, outre le Liban, son deuxième pays, sa patrie de substitution », estiment ses collègues universitaires Najat Salibi Tawil et Fadia Hoteit. « C’est de là que vient en effet ma passion pour cette langue et sa littérature », reconnaît Nazek Saba Yared. « Mais aussi de la lignée de célèbres plumes arabophones, celle des Maalouf, de laquelle je suis issue du côté maternel », tient-elle à signaler. Une passion pour l’arabe qu’elle revendique haut et fort, réfutant les clivages d’identité et d’appartenance des minorités en clamant : « Je suis une Arabe chrétienne! » Et qu’elle a abordée dans des ouvrages traitant de la Nahda, de l’écriture d’Ahmad Chawki, de la poésie d’Ibn el-Roumi, de celle d’Abou Nawas, d’Élias Abou Chabké, ou encore de Gibran Khalil Gibran
Sa riche production littéraire, en arabe, mais aussi parfois en anglais (à l’instar de Secularism In The Arab World paru en 2002), comptant autant de romans que d’essais littéraires, d’ouvrages d’art (sur Mohammad al-Rawas et Chawki Chamoun) ou encore de jeunesse, vaudra à Nazek Saba Yared plusieurs prix. Parmi lesquels celui de l’Arkansas University en 1996 pour son roman sur les minorités dans le monde arabe, Takassim Ala Wataren Dae3 (Improvisation sur une corde perdue), le Prix des jeunes en 1997 pour À l’ombre de la citadelle et Connaissons-nous Beyrouth ?, ainsi que le prix Prince Claus des Pays-Bas en 1998 (décerné aux personnes qui se sont illustrées dans le domaine de la culture et du développement). Elle est également chevalier dans l’ordre des Palmes académiques depuis 1979

Du bonheur de l’enseignement
Mais c’est dans l’enseignement que cette éducatrice dans l’âme a trouvé son bonheur – elle a d’ailleurs été sacrée par ses élèves du Collège protestant « meilleure professeure de langue arabe », révèle Leila Bsat, qui a suivi ses classes. Nazek Yared assure :  Comment pouvais-je ne pas leur faire apprécier une langue que j’aime si profondément… L’enseignement m’a apporté le plus de satisfaction dans ma vie professionnelle, parce qu’il m’a permis de rester en contact avec les jeunes générations. Celles qui n’ont pas perdu leur fraîcheur de pensée
L’avocate Marie-Rose Zalzal a, pour sa part, témoigné de la solidarité de Nazek Yared envers les personnes en difficulté et de son mécénat silencieux pour la scolarisation d’enfants défavorisés. Reste à signaler, comme l’ont fait ses amies Fadia Geha et Rania el-Saghir, que cette femme archétype de l’intellectuelle engagée est aussi une femme de cœur et d’élégance, aussi bien vestimentaire que dans l’attitude. Une sportive accomplie (maniant la raquette de tennis jusqu’il y a peu de temps). Une épouse complice (avec son défunt époux l’ingénieur Ibrahim Yared), une mère et une grand-mère aimante et attentive. En somme, une personnalité exemplaire jusque dans ses mots de conclusion :  Je suis reconnaissante au destin de m’avoir fait naître dans une famille et un environnement qui m’ont permis de devenir moi-même, quelle que soit la valeur de ma personne

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