CULTURE : Midad, voyage en arabe(sque)

 

12/05/2017

Au XIXe siècle, après avoir été longtemps prohibée sous l’Empire ottoman, l’imprimerie y est finalement introduite. On raconte que face à cette menace futuriste, les calligraphes d’Istanbul, terrorisés, avaient manifesté dans les rues, brandissant des cercueils où ils avaient couché leurs roseaux et leurs encriers. Leur cortège funèbre présageait la mort imminente de cette technique ancestrale où les mots s’étirent, s’alanguissent et s’ourlent d’ornements cryptés, enluminures creusées à l’encre sur les feuilles au grain épais que le calligraphe laboure comme un champ (chant ?) de tous les possibles. Deux siècles plus tard, si l’imprimerie n’a pas réussi à signer l’acte de décès de la calligraphie, elle en a seulement déplacé la pratique vers d’autres champs. Voilà ce que célèbre Midad, en résumé : avec ses lettrages qui émigrent du livre, le Coran, vers l’arabesque, la tapisserie, la porcelaine, l’enluminure, en dépit de leurs bifurcations, des chevauchements, des dédoublements : la pérennité de la calligraphie arabe

Au-delà du script
Dans le blanc monacal du bel espace de Dar el-Nimer, Rachel Dedman, curatrice de Midad (exposition basée sur une recherche du Dr Alain Georges), tient à élargir la portée de cet événement : « Le but est d’explorer l’influence de la calligraphie arabe au-delà du script dans son sens le plus strict. » Sur un parcours de six sections qui prend des airs de flâneries arabisantes, Midad commence donc par énoncer l’évolution des calligraphies arabes du Kufi au Nastaliq. Dans un deuxième temps, à travers une installation vidéo réalisée par Ramzi Hibri, l’exposition détaille l’aspect technique de la chose, que la curatrice décrit comme « une sorte de combat sensuel entre un pinceau et du papier ». Et de poursuivre : « La suite de l’exposition emprunte une démarche anthropologique qui consiste à connecter ces cents pièces qui s’étendent entre les VIIIe et XXe siècles pour explorer leur influence sur le monde et les territoires arabes en particulier. » De fait, tour à tour, des espaces vierges jaunis par le temps, noircis par de l’encre tenace sous une main d’artisan ingénu, se font tribune d’un art qui, d’une part, glorifie la parole (divine) autant que cette dernière le glorifie et, d’autre part, laisse son empreinte indélébile sur une multitude de domaines. À savoir l’autorité gouvernementale, l’architecture ou, plus intimement, le corps et ses talismans, en passant par la poésie aux accents soufistes. Ces pièces de monnaie, parchemins, armures, bols en porcelaine ou couvre-chefs permettent également d’explorer les migrations et les mutations de la calligraphie arabe au-delà de son berceau initial, et après le glissement vers l’impression. Soit une belle manière de suivre les pas et retracer la vie d’un art qu’on voudrait éternel

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