CULTURE : L’enfant du Sud, prince des poètes, et 5 500 000 vues sur YouTube

Des recueils de poésie aux vers serrés comme des mailles.

RENCONTREMahdi Mansour, enfant du village de Hounin, professeur de molécule quantique et docteur en physique de l’Université de Grenoble a écrit « Ahhob Yadayka » (J’aime tes mains) pour la chanteuse Faia Younan.

21/02/2017

Trente-deux ans, l’enfant de Hounin (l’un des sept villages frontaliers au Sud) a les cheveux noirs déjà un peu disséminés. Un pull gris, une chemise blanche et un foulard rouge enroulé autour du cou. De grands yeux sombres ourlés de cils recourbés, des bracelets en cuir au poignet, le sourire presque timide, Mahdi Mansour – fraîchement rentré des États-Unis, toujours sous le vertige des fuseaux horaires – est professeur de molécule quantique avec un doctorat en physique de l’Université de Grenoble.

Mais son cœur et son esprit sont surtout auprès des rimes et du verbe arabe, lui qui ne jure que par al-Akhtal al-Saghir. Et entre deux phrases (pas trop) banales, il ne peut s’empêcher de citer avec naturel des vers entiers.
« La poésie et la physique ne sont pas éloignées, explique-t-il. Le physicien ne peut se dépasser s’il ne voit pas au-delà de la nature. La physique est d’abord observation et analyse, ensuite vient la formulation. La poésie, c’est la même chose, sauf que l’énoncé est différent. La poésie est mon meilleur moyen pour vivre ma vie, goutte à goutte, lentement. La poésie est révolte et prophétie. La poésie pose des questions. D’où la guerre de l’islam contre les poètes… Je cherche la vie ici-bas et non dans l’au-delà ! Mon père m’a appelé Mahdi parce qu’il me veut fidèle et sauveur. Et moi, je ne suis sûr de rien. Le salut, dans la société, commence et se termine au masjed. Mais pour moi, le salut commence quand je sors du masjed. Si je suis un révolté ? Sans doute, car je ne rentre pas dans le moule ou formatage conventionnel, aussi bien religieux que social, mais je n’ai pas le courage des révoltés… »

Douces batailles
Les vers et l’inspiration ont toujours été au rendez-vous. Avec tous les respects dus aux rimes et à la métrique. Ce parcours, ces douces batailles avec les mots et le verbe, Mahdi Mansour, barde des temps modernes, les a vécus en toute patience et discernement, dans l’exaltation, la passion, mais aussi l’humilité. Il narre son histoire avec la poésie en termes clairs. Et bien sûr on retrouve tout embryon dans l’enfance, source secrète ou déclarée de toute création. De toute évidence, l’enfant est doué. Tout le monde le dit, le clame. Aujourd’hui, avec huit recueils de poésie aux vers serrés comme mailles à son actif, sur ses rayons de bibliothèque et dans les librairies, l’état de poésie, la poésie primée, célébrée et chantée de Mahdi Mansour, est une certitude.
Mais très vite, ces textes qu’on imagine uniques et sublimes prêtent le flanc à la critique. Et on apprend, en ravalant sa peine, à dompter la matière et peaufiner le verbe. Cela arrive dans la confrontation avec les grands. Et ici l’histoire se passe face à Saïd Akl, le plus hugolien des chantres libanais.
Mehdi Mansour raconte : « J’avais quinze ans quand j’ai été à Zahlé, la fille de la vigne, pour participer à une compétition de poésie. Et j’y ai décroché, moi alors le plus jeune concurrent, le premier prix. Seule la réflexion de Saïd Akl m’est restée en mémoire quand il m’a dit : “Tu as commencé à déchirer les poèmes que tu écris ou pas encore?” C’était pour me parer contre toute suffisance, arrogance ou narcissisme parnassien… » Et de poursuivre : « Je dois la rigueur de ma poésie à mon premier professeur, Zein Salloukh, et à William Haswani (le plus rahbanien des lettrés) avec son salon littéraire à Hadath. Mais la notoriété publique est venue en 2003 avec les moumayazoun de Souk Oukaz à la LBC. Premier prix pour des improvisations. Mes succès avec les femmes depuis se sont démultipliés et j’ai pris ma revanche avec un essaim de jolis brins de filles qui papillonnent autour de moi… Abou Dhabi m’a sacré Amir al-Cho3araa (Le prince des poètes) en 2008, et j’ai participé à Dubaï Culturel, il y a deux ans, en langue arabe courante, avec al-Zol Fajron Daken (L’ombre est une aube sombre). Est arrivé aussi en 2011 le prix Naji Naaman à Jounieh pour ma plaquette Yoga en présence d’Ishtar. Depuis, je défends les couleurs libanaises dans les pays arabes et partout au monde où l’on m’invite… Il ne faut pas croire que la tâche soit sans complication. Mes mots et mes rimes ont été interdits par exemple en Arabie saoudite. Ce titre Je crains Dieu, l’amour et la patrie n’a pas passé par exemple en terre wahhabite… »

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