CULTURE : Le paysage urbain, entre pop art et cubisme revisité


EXPOSITIONUne narration picturale festive et dénonciatrice, sous le pinceau (mixed medias et huiles) de Mireille Goguikian

20/06/2017
La peinture est-elle poésie ou reflet de la réalité ? Sans doute les deux à la fois, mais la peinture est aussi fédératrice de beauté, de rêve, d’élan, d’émotions indicibles

En intitulant son exposition Au-delà du rêve, Mireille Goguikian, riche d’un parcours de plus trois décennies et forte d’un coup de pinceau aux tonalités vibrantes, reprend allègrement le fil de sa narration picturale. Et de sa rêverie jamais interrompue, jamais en rupture du monde et de ses échos. Ainsi que, par-delà un regard chargé de compassion, de ses obsessions, de ses déambulations, de ses hantises, de ses échappées, de ses découvertes urbaines

Cette fois dans les menus détails, l’utile et l’insignifiant, comme un précis de langage pour mieux faire ressortir les injustices, les dérives et les travers sociaux. Et pour le dire, elle a recours à un magma fantaisiste et ludique de mixed medias et de collages. Des mixed médias (petit format 25 cm x 25 cm) aux allures de pop art pour parler de la rue. Une célébration des scènes animées, encombrées ou désertes. Des ruelles de villes, mordues par l’angoisse, rattrapées par la petite misère, avec des ordures jetées au hasard. Un univers calfeutré dans ses fantasmes et une enfance livrée à elle-même. Comme une douce dénonciation, des bouts de journaux, des bribes de graffitis, des visages masqués, la peinture est ici un écrit touffu, tortueux, regorgeant de sensibilité. Un discours volubile, joyeux ou grave, sur ce qui se passe entre deux trottoirs, un ruban de bitume ou derrière les volets clos des maisons aux secrets bien gardés. Pour les petites joies insipides mais aussi pour la détresse et la misère humaine contemporaine. Dans une farouche volonté de vivre
Des images, stigmates d’une guerre à l’éclatement en fragmentation, qui s’imposent avec leurs couleurs chaudes, à la fois gaies et sombres, aux tâches parfois délibérément violacées comme pour avouer l’irréparable des bleus à l’âme faits aux vivants

Architecture fantaisiste

Comme échappant à un zoom vertigineux qui a pris ses distances avec la réalité, la peinture se transforme en un gros plan sous un effet de loupe. Et viennent alors, en un cortège somptueux, les vingt grandes huiles (1,40 x 1,40 m). Façades d’immeubles faussement paisibles, aux fenêtres en sourires heureux ou illuminées comme de bourdonnantes ruches d’abeilles. Paysages grossis à la dimension d’un film qui s’étire pour un écran géant. Telles des boîtes d’allumettes qui s’amoncellent et se télescopent en une vision onirique où colliers de lumière et éclats de vie, anonymes mais perceptibles, s’amalgament. Pour cette architecture fantaisiste et (im)probable, gardant les grandes lignes d’une construction anarchique pour le règne sauvage du béton, un chromatisme tout en panache. Mais aussi beaucoup de teintes pastel, des tonalités blafardes mais marquées, déclinant en sourdine une profusion de couleurs. Tel un foisonnement de confettis. Sur fond de bleu indigo, la nuit avec ses myriades de lucioles cache en douceur l’incendie des jaunes paille des chaleurs d’été
Dans cette cartographie luxuriante et indécise, entre une touffe de pinède, un « mandaloun », une ogive, une arcade, un bord de mer avec barquettes et une promenade entre les monolithes de Zaitunay Bay, le regard de la femme-peintre flâne certes, mais s’accroche, scanne et scrute. À savoir les parcelles de beauté, l’ensemble d’harmonie, les sources de vie. Par-delà un cubisme revisité et relooké, par-delà un irrépressible besoin de liberté, il s’agit de l’astuce d’une artiste qui joue avec dextérité des perspectives, des espaces, des contrastes et des irisations de la lumière

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