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CULTURE : La Bibliothèque nationale, une (re)naissance incertaine ? La Bibliothèque nationale, une (re)naissance incertaine ?

 

C’est un accouchement dans la douleur et la durée qui a débouché hier sur une ouverture officielle du bâtiment de la BNL. Sans pour autant que cette dernière soit opérationnelle, ni accessible au public pour le futur immédiat. Par ailleurs et malgré un travail colossal, les experts dénoncent un manque de ressources et de savoir-faire qui pourrait avoir raison de sa pérennité.

05/12/2018

C’est en grande pompe qu’a eu lieu hier la cérémonie d’inauguration du nouveau bâtiment de la Bibliothèque nationale du Liban (BNL) dans les anciens locaux de la faculté de droit de l’Université libanaise à Sanayeh, en présence du président de la République, Michel Aoun, du Premier ministre désigné, Saad Hariri, du ministre sortant de la Culture, Ghattas Khoury, ainsi que de nombreux anciens ministres de la Culture dont Rony Arayji, Tammam Salam et Ghazi Aridi. Était également présent l’ambassadeur du Qatar, Mohammad Hassan Jaber al-Jaber, représentant son pays qui a parrainé la renaissance de cette bibliothèque historique. Le chantier titanesque qui a débuté en 2000 s’achève enfin. Comme l’a noté hier le président Aoun dans son allocution de circonstance, cette renaissance constitue l’exemple type de la persévérance et de la détermination dont est capable l’être humain.

Mais voilà. De nombreuses personnes du milieu culturel, dont Gérard Khatchérian, président du projet de cette renaissance entre 2002 et 2018, soulèvent quant à elles de nombreuses incertitudes concernant la viabilité d’une institution nationale digne de ce nom. Interrogé par L’Orient-Le Jour, le directeur général de la Bibliothèque nationale, Hassan el-Akra, reconnaît que la BNL n’est pas en mesure d’accueillir dans l’immédiat les visiteurs ou les chercheurs. « La bibliothèque ouvrira ses portes dans un mois ou deux, indique-t-il, le temps que de nombreuses questions soient réglées, dont celle de la sécurité et de la formation d’un plus grand nombre de personnel, à côté de celui existant depuis des années. » Mais le ministère de la Culture, dont relève la BNL, possède-t-il le budget de 3 millions de dollars qui, selon M. Akra, serait nécessaire pour assurer la formation du personnel ? « Nous en avons fait la demande et c’est prévu dans le budget de la Culture », qui devrait être approuvé par le prochain gouvernement comme le dépôt légal de l’institution. Ces formalités administratives, tributaires d’un gouvernement qui tarde à voir le jour, ne risquent-elles pas de retarder de plus de deux mois l’ouverture de la BNL ? Ce manque de ressources pourrait avoir raison de la pérennité de l’institution, estime M. Khatchérian qui connaît très bien le dossier et qui tire la sonnette d’alarme à ce sujet.

(Lire aussi : Restauration de livres anciens : dans les coulisses de l’atelier de la Bibliothèque nationale)

Retour sur les étapes-clés

C’est à la demande du ministre de la Culture en charge à l’époque, Ghassan Salamé, que Gérard Khatchérian avait commencé par être conégotiateur du projet de renaissance de la BNL (aux côtés de Leila Rizk et Maud Hachem) et avait été chargé par l’ancien chef de la Délégation de l’Union européenne au Liban, Patrick Renaud, de mener à bien les pourparlers avec l’UE autour des fonds à lever. Assisté par des comités formés d’intellectuels, de sociologues et de bibliothécaires, le chantier de recherche, catalogage, dépoussiérage et reliure (livres, journaux, périodiques) est lancé. M. Khatchérian revient sur le travail de fourmi des 30 bibliothécaires et artisans qui auront la charge d’ouvrir quelque 3 600 caisses, de dépoussiérer et nettoyer chaque ouvrage, scanner les pages de garde pour parvenir, au bout de 36 mois de travail, à établir un inventaire numérisé des fonds et des collections de la BNL, et enfin restaurer et cataloguer les ouvrages selon les systèmes de reconnaissance de codes appliqués internationalement. En parallèle, des sessions de formation des effectifs sont mises en place pour aiguiser le savoir-faire des équipes responsables. Ces initiatives seront possibles grâce notamment à un don de 25 millions de dollars de l’État du Qatar en 2005.

Pourtant, au bout de cet effort de géant, Gérard Khatchérian déplore que « l’État n’était pas prêt à assumer la charge de la BNL de manière autonome », c’est alors que le ministère de la Culture prend en charge le suivi du projet de renaissance. « C’est le retour à la case départ », explique l’expert.

Quid de l’avenir ?

Si Gérard Khatchérian est fier de voir ce projet mené à son terme, il prend toutefois la décision de démissionner de son poste de président du projet de renaissance de la BNL au début de l’année en cours. C’est que les craintes de celui par qui le projet a abouti ont pris le dessus. Il met l’accent sur tous les manques auxquels fait face aujourd’hui ce monument. « La BNL n’a pas de service d’accueil formé », dévoile M. Khatchérian pour qui recevoir et guider les lecteurs et les chercheurs est une étape essentielle dans la manière d’envisager une bibliothèque nationale. « Nous n’avons pas les compétences qu’il faut pour penser le futur de la BNL. » En effet, les 175 000 ouvrages de la bibliothèque ne sont pas suffisants, et mis à part quelques rares dons, les collections n’ont pas été enrichies depuis 1976, date de la fermeture de cette institution.

La BNL manque également de fonds, d’un service de communication et de relations presse, d’outils comptables et de formations des ressources humaines. « Il ne suffit pas de réfléchir au présent, mais d’avoir une vision pour la pérennité de cette institution », martèle Gérard Khatchérian. À titre d’exemple, la BNL a besoin de deux appareils de photographie automatique pour la conservation des œuvres initiales ; le coût de chaque appareil s’élèverait à 75 000 dollars. « Il faudrait aussi tisser des liens avec les autres bibliothèques et de véritables experts dans les métiers de conservation des ouvrages », ajoute-t-il.

M. Khatchérian propose que la gestion de la BNL revienne à la Banque du Liban parce que les ministères en place « ne prennent pas conscience de l’importance de ce projet ». « Aujourd’hui, la culture est le dernier de leurs soucis », déplore-t-il.

Serait-ce donc la façade d’un grand corps malade qu’ont célébrée les Libanais hier ? Seule une prise de conscience urgente serait garante du contraire.

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