CULTURE Houtaf Khoury : Les couleurs de la musique sont les miennes

 

Houtaf Khoury, compositeur, à son actif plus de 60 opus.
RENCONTREÀ cinquante ans, dont plus de trente entièrement voués à la musique, l’enfant du Nord est aujourd’hui maître d’une carrière de compositeur qui se concrétise avec sa pièce « Perdu dans cette vie », qui sera jouée ce soir par l’Orchestre philharmonique libanais sous la direction de Jordi Mora.

10/03/2017

 

Les cheveux sel et poivre coupés courts, les lunettes avec cadre noir sur le nez, veste sombre et chemise à carreaux colorés, Houtaf Khoury est bien dans sa petite taille et ses allures tranquilles. À son actif, plus de soixante opus qui touchent à presque tous les instruments. « Sauf le tuba, le trombone, le xylophone ou certaines percussions… Mais par contre, j’ai utilisé un instrument moderne et rare, le theremin, pour un concerto », souligne-t-il discrètement. Des opus qui vont des symphonies aux sonates en passant par préludes, quartets ou concerti… Une œuvre jouée déjà de Paris à Guayaquil en passant par Londres, Lucerne et bien sûr Beyrouth. Et qui a été portée déjà par le souffle de Wissam Boustany (flûte), Dimitri Ashkenazy (clarinette), Tatiana Primak-Khoury (piano), le Brodsky Quartet (instruments à cordes), etc.
Après des études en gestion des entreprises (à l’Université Saint-Joseph) vite abandonnées, c’est la musique qui prend le dessus. Heureux gagnant d’un concours musical local en 1985, le jeune boursier est chambardé à Moscou. Mais pour un jeune homme parti de Tripoli, la capitale russe est trop grande. Il opte pour Kiev, plus apte à sa nature et à sa dimension intérieure. Et c’est là qu’il croise le chemin de la pianiste Tatiana Primak qui sera son épouse, et l’ardente interprète et révélatrice de son œuvre pour piano.
L’homme – féru de Rachmaninov, Prokofiev, Chostakovitch, Schnittke, Kinsella, fervent lecteur de Platon, Nietzsche, Dostoïevski et Tourgueniev – définit la composition comme « l’équilibre entre la pensée et l’émotion ». Le plus beau compliment reçu ? La plus cinglante des critiques subie ? Petite pause et la réponse fuse : « Le plus bel éloge a été pour ma sonate pour flûte et piano. Un auditeur m’a dit qu’après son écoute, il était frigorifié dans son siège ! Quant à la critique, j’ai entendu cette remarque : “Votre musique est anti-musicale !”. »
Est-il satisfait de sa trajectoire ? « Le bilan est plutôt positif. Je suis un élève de la vie. Mais je peux dire que pour quelqu’un qui vient du tiers-monde, je mets les pieds dans le monde… Je suis invité aux festivals, je donne des conférences, mes œuvres sont diffusées à la radio, j’ai des enregistrements, les maisons d’édition publient mes œuvres… Mon rêve et mon ambition ? Évoluer encore mieux et avoir une meilleure place en ce domaine où la concurrence est rude et féroce, et où les compositeurs libres sont écrasés. Je tente aussi de frayer un chemin pour les générations montantes pour qu’elles soient respectées et appréciées à leur juste valeur… »
Ce soir, l’Orchestre philharmonique libanais va interpréter Lost in this world (Perdu en ce monde). En quelques phrases, quelle en est votre idée, explication ?
« C’est le Concerto pour alto et orchestre n° 3. Le thème c’est le stress de la vie, confie le musicien. C’est une écriture libre. Et les couleurs de ce concerto sont les miennes. Des couleurs mélangées entre l’orchestre et les instruments. Ce morceau est une sorte d’autobiographie, empreinte d’une certaine tristesse et d’un trouble intérieur, de tension et de méditation. Et cela finit par un point d’interrogation. Peut-être une page tournée… »

Ce soir, à l’église Saint-Joseph (USJ), l’Orchestre philharmonique libanais sous la direction de Jordi Mora, avec Isabel Villanueva à l’alto, donnera la « Symphonie en ré mineur » de C. Frank et « Lost in this world » de Houtaf Khoury. 20h30 précises. Entrée libre.

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