CULTURE : Cinq raisons de redécouvrir l’œuvre de Rodin

03/05/2017

Serait-ce son Baiser voluptueusement taillé dans le marbre ou l’image d’amoureux féroce de Camille Claudel que donnent de lui le film éponyme de Bruno Nuytten et son interprète Gérard Depardieu ? Toujours est-il qu’en ce XXIe siècle, qui a tendance à jeter aux oubliettes les maîtres de l’art classique, René François Auguste Rodin, sculpteur français mort il y a un siècle, jouit d’une aura romanesque qui attise l’intérêt que le public contemporain lui porte. Sauf que les deux références précitées à son histoire personnelle et celle de son art sont réductrices pour ne pas dire assez peu représentatives de la véritable portée de l’homme et de son œuvre. Artiste jupitérien, physiquement comme dans la puissance de son expression artistique, le père du Penseur (une autre de ses pièces emblématiques) est loin d’être un sculpteur figé dans le passé. Ce maître du modelé, salué en son temps comme « celui qui a rendu vie à la sculpture », a toujours été précurseur dans sa pratique. Bien avant Matisse et Picasso, il a eu recours à l’assemblage, à la figure partielle ou encore au collage. Son usage du dessin, souvent érotique, a précédé celui des grands expressionnistes germaniques. Et son rapport moderne à la photographie, à travers des tirages retouchés, est resté largement ignoré. C’est ce créateur protéiforme, expressionniste, expérimentateur et révolutionnaire que met en lumière la grande exposition du centenaire que lui consacre la Réunion des musées nationaux au Grand Palais jusqu’au 31 juillet. Et cela, notamment, à travers la confrontation de plus de 200 de ses sculptures (bronzes, marbres, mais aussi moulages de plâtre et terres cuites) avec des œuvres de ses disciples et héritiers directs ainsi que d’artistes contemporains (de Maillol et Brancusi jusqu’à Antony Gormley et Annette Messager, en passant par Giacometti, Picasso et, évidemment, Camille Claudel…). Un événement à ne pas rater – lors de votre éventuel prochain passage à Paris –,
histoire de renouveler votre regard sur ce géant de l’art sculptural. L’OLJ l’a fait et vous propose, à cette occasion, 5 raisons de redécouvrir l’œuvre de Rodin, à travers 5 pièces marquantes

Le Baiser
Iconique. Indéniablement l’une de ses plus belles œuvres et sans doute la plus célèbre. En témoigne l’attroupement qu’elle provoque au Grand Palais. Et pourtant, cette représentation, réalisée en 1882, d’un couple enlacé n’est, paradoxalement, absolument pas caractéristique de l’art de Rodin. Lequel ne respecte habituellement pas dans sa pratique sculpturale les normes académiques néoclassiques, pour privilégier la recherche de l’expression réaliste et intense. Taillés dans le marbre (par Jean Turcan, un des praticiens auxquels Rodin faisait appel pour ses sculptures de grande dimension), ces amoureux s’embrassant éperdument (et représentant Paolo et Francesca, les amants de la Divine comédie de Dante) ont des corps magnifiés, au modelé lisse et harmonieux, aux proportions idéales. Sans doute l’effet de sa passion, encore en plein épanouissement, pour Camille Claudel

La Porte de l’enfer
Elle trône, en fonte, dans les jardins du musée Rodin, rue de Varenne. Au Grand Palais, c’est son épreuve en plâtre qui est présentée. Cette porte monumentale occupe une place tout à fait particulière dans la création de Rodin. Espérant pouvoir la présenter à l’Exposition universelle de 1889, il y a travaillé avec fièvre à partir de 1880 et durant plusieurs années, créant plus de deux cents figures et groupes qui devaient s’y insérer. Pour différentes raisons, sa réalisation fut retardée et elle ne fut coulée que quelques mois après son décès en 1917. Sauf que cette grande œuvre forma un véritable vivier (de « dessins noirs » notamment) dans lequel le sculpteur puisa, durant le reste de sa carrière, les figures et les thèmes de quelques-unes de ses plus belles pièces, dont Le Baiser et Le Penseur

Les Bourgeois de Calais.
Cet ensemble de personnages aux expressions exagérées, aux proportions déformées et amplifiées, s’attache, à travers les attitudes corporelles et les expressions des visages, à retranscrire les états émotionnels et psychologiques de chacun des protagonistes. Il traduit la vision dramatiquement expressive de la destinée humaine de Rodin. Il illustre ainsi au plus près ce que les critiques qualifieront de style « rodinien », cet alliage de réalisme, de tension, de mouvement et d’exagération lyrique. Commandé par la ville de Calais au sculpteur, ce monumental groupe statuaire, à la création duquel il a travaillé de 1884 à 1889, a été inauguré en 1895. Il en fera au total douze éditions originales en bronze

Iris, messagère des dieux
Représentant un corps sans tête ni bras, jambes largement écartées sur un sexe de femme, exhibé à hauteur du regard des spectateurs, cette œuvre érotique est une parfaite illustration de la figure partielle chez Rodin. Lequel démembre ce personnage féminin issu de La Porte de l’enfer, pour laisser parler l’élan pur. À la fois symboliste et mythologique, elle a été agrandie et fondue en bronze en 1895. Dynamique, elle suggère un mouvement de danse, le french cancan. Et, à l’instar de L’Origine du monde de Gustave Courbet, elle suscita, à la fois, scandale et fascination.

L’Homme qui marche
Une véritable œuvre d’avant-garde. Ce bronze grandeur nature d’un homme sans tête qui semble avancer d’un pas décidé aide à comprendre pourquoi Rodin est considéré comme l’un des pères de la sculpture moderne et contemporaine. Elle démontre l’importance de l’assemblage dans la pratique de ce sculpteur du XIXe siècle, car le torse de cet Homme qui marche résulte d’une antérieure Étude de torse pour saint Jean-Baptiste. Elle témoigne aussi de l’inachèvement volontaire qu’il cultive comme une marque de respect envers l’infini. Peu connue du grand public, cette œuvre de 1877-1878 a, en revanche, inspiré de nombreux artistes. Évidemment Alberto Giacometti, qui en a largement repris le thème. Mais aussi de nombreux contemporains, dont Thomas Houseago

Grand Palais
Paris jusqu’au 31 juillet

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