CULTURE : C’est une cabane rose au fond d’un parking-jardin

24/05/2017

 

Mar Mikhaël en fin d’après-midi. Dans cette artère beyrouthine à la circulation dense, entre automobilistes agressifs, klaxons intempestifs, bousculades de piétons sur les (rares) trottoirs encombrés de marchandises, ronrons des moteurs, bruits des chantiers, effluves des poubelles et foisonnement d’affiches bigarrées, le passant est soumis à rude épreuve. Même s’il ne le ressent pas consciemment, tout ce chaos et ces stimuli physiques, sonores, olfactifs et visuels infiltrent son corps et son esprit, bouleversent son mental et se répercutent sur son comportement, son humeur et même sur sa façon de penser

Dans le débordement de nos vies citadines, combien de fois avons-nous souhaité pouvoir « décrocher » de toute cette agitation, ne serait-ce que l’espace d’un moment. Oublier les bruits, les sollicitations incessantes, le harcèlement diffus de la messagerie électronique. Éteindre la sonnerie du portable. Et entrer dans la quiétude. Celle dispensée par un espace dédié au silence. Un abri où l’on pourrait s’isoler quelques minutes pour se reconnecter avec soi-même, recharger ses batteries, mentales et physiques, avant de repartir au pas de charge

Née de la crise des poubelles
Pour ceux qui en ont rêvé, Nathalie Harb l’a fait ! Cette designer de produits et scénographe de plateau, qui partage son temps entre Londres et Beyrouth, a eu l’idée d’une chambre silencieuse il y a deux ans. « C’est lors de la crise des poubelles que j’ai réalisé combien nos sens étaient agressés au quotidien à Beyrouth. Tous nos sens, aussi bien olfactifs que visuels et auditifs, confie-t-elle. Je me suis alors rendu compte que nous avions vraiment besoin de silence dans cette ville

De là est née mon idée de Silent Room : une cabane installée en plein espace public, dans laquelle n’importe qui pourrait entrer se réfugier pour s’extraire du brouhaha urbain. » Et d’ajouter : –  En faisant mes recherches pour la conception de ce projet, j’ai eu la confirmation de ce que je supposais fortement. À savoir que le silence était devenu un luxe de nos jours, au point même de se transformer en marqueur de différenciation sociale (il suffit de comparer le silence feutré des quartiers résidentiels, des business lounges d’aéroport, des boutiques de luxe aux bruits et au vacarme des quartiers surpeuplés et autres périphéries industrielles… ). D’où mon désir de le rendre à nouveau accessible à tout le monde

Tester le silence à Mar Mikhaël
Une idée qui ne pouvait mieux tomber qu’en cette 6e édition de la Beirut Design Week au thème étendard « Le design est-il un besoin ? » « Car ce prototype va servir de test pour voir si la Silent Room répond vraiment à un besoin collectif des populations urbaines. Auquel cas, on pourrait envisager de la proposer à des mairies et municipalités », indique sa conceptrice

Voici donc la Silent Room de Nathalie Harb : une structure en bois montée sur pilotis, réalisée avec l’aide de Bûf, un collectif d’architectes londoniens, et exécutée par le maître d’œuvre Élie Chaker. Une cabane rose installée au centre d’un parking à Mar Mikhaël, adjacent au pont qui relie cette artère à l’autoroute

Dans ce vaste espace de stationnement hébergeant, en concomitance, un marché aux fleurs ainsi que le chapiteau d’un cirque, sa couleur flashy et son architecture particulière la rendent inratable. D’ailleurs, il serait dommage de la rater et de louper, du coup, l’expérience « de silence intégral en pleine place publique » qu’elle offre… à tous. Sauf que chacun doit y entrer en solo. Après avoir laissé chaussures, sac et portable dans un casier (fermé à clé) à l’entrée. Là, entre quatre cloisons insonorisées (avec de la laine de roche et du feutre), il suffit simplement de s’étendre sur les matelas rembourrés tapissant le sol pour s’isoler totalement

Ne plus rien entendre des bruits environnants, sinon ce murmure intérieur, cette petite voix dans la tête qui susurre : « Oublie tout, ne fais plus rien, juste relaxe-toi et enjoy the silence. » Une expérience assurément à tenter

SILENT ROOM
Jusqu’au 28 mai, de 15h à 21h. Parking marché aux fleurs de Mar Mikhaël

 

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