CULTURE Ces couples divins qui protégeaient les cités phéniciennes

 

MYTHOLOGIE

Adonis, Astarté, Europe et Zeus, entre coups de foudre, damnations et colères des dieux dans les cités du Levant.

14/08/2017
C’est vers la fin du IIe millénaire avant J.-C. que l’on place le début de l’histoire phénicienne. Les cités de la côte comme Byblos, Sidon ou Tyr, qui étaient depuis plusieurs siècles sous la domination de l’Égypte, accèdent enfin à leur indépendance, mais restent chacune un État indépendant, une cité-État, et les habitants de ces cités ne se qualifiaient jamais de « Phéniciens », mais de « Tyriens », « Sidoniens » ou « Arwadites ». Chaque cité a une histoire, chaque cité a un rôle et semble s’être mise sous la protection d’un couple divin particulier. Mais qui sont donc ces Phéniciens dont le berceau est le Liban actuel ? Les Grecs les appelaient Phoinikes. Navigateurs chevronnés, commerçants infatigables ou artisans habiles, ils formaient une communauté sur la côte orientale de la Méditerranée depuis le nord des territoires occupés jusqu’au sud de la côte syrienne, et on les surnommait les habitants des cités du Levant. De ce petit peuple, les Grecs ont nourri leur imaginaire mythologique, au point d’ajouter à leur panthéon un dieu, Adonis.

De la côte du Levant…
Adonis, dont le nom est d’origine sémitique puisqu’il s’apparente à l’hébreu adonaï (seigneur), représentait le jeune dieu parmi la triade religieuse de Jbeil. C’était un mortel, le plus beau que la terre ait connu. Fils de Myrrha, une femme dont la beauté exceptionnelle portait outrage à Aphrodite qui, pour se venger, lui inspirera une passion incestueuse pour son père Cinyras, roi de Chypre. Myrrha partagera, douze nuits durant, la couche de son géniteur. Lorsque celui-ci découvre l’identité de la mystérieuse femme, il tente de la pourfendre de son épée. Myrrha implore alors les dieux de la sauver, et se verra transformée en arbre du tronc duquel naîtra Adonis. L’arbre donnera la myrrhe (le balsamier).
Adonis adorait la chasse et passait beaucoup de temps à s’adonner à sa passion aux alentours de Byblos. Un jour qu’il chassait dans un lieu qui se nomme Afqa, Aphrodite tombe follement amoureuse de lui, le recueille et confie son éducation à Perséphone, épouse d’Hadès, dieu des Enfers. Séduite par sa beauté, Perséphone refusera de le lui restituer. La colère de Zeus éclate et le verdict tombe. Adonis passera un tiers de son temps aux enfers, un tiers sur terre et sera libre de son troisième tiers. Mais les charmes d’Aphrodite n’ont pas d’égal et Adonis finira par lui octroyer le troisième tiers jusqu’au jour où, blessé par un sanglier envoyé par un Apollon jaloux, il meurt. Son sang colorera les roses blanches de rouge et les jardins éphémères d’Adonis symboliseront la mort de ce jeune adolescent. La légende d’Adonis fera le tour du monde antique et sera adaptée dans chaque civilisation. Les récits divergent mais s’accordent toujours sur sa beauté légendaire, sa relation avec la déesse de l’Amour et son symbole de renaissance de la nature. À son culte furent affectées des fêtes antiques, dont les « adonies » étaient les plus célèbres en Phénicie, en Grèce, chez les Romains et les Carthaginois. Le récit de l’existence d’Adonis s’affirme comme une vision symbolique du renouvellement cyclique de la vie végétale.

Une unité culturelle forte
Astarté, déesse de l’Amour et de la Fécondité, est associée à Tanit (en carthaginois) et jouit d’un culte dérivé de l’ancienne tradition sémitique syro-palestinienne et répandue dans toute la Phénicie. Connue comme la « maîtresse des batailles », elle sera plus tard assimilée à l’Aphrodite des Grecs. Elle est la déesse de Sidon et de Tyr.
À Tyr, la légende raconte qu’une princesse nommée Europe (vieux mot phénicien qui signifie « large visage »), fille du roi de Tyr Agénor, jouait un jour sur les rivages de la Méditerranée avec ses compagnes. Zeus, mari volage et amant jamais assouvi, la surprend. Pour échapper à la jalousie d’Héra, le dieu de l’Olympe se transforme en magnifique taureau à la robe blanche et aux cornes dorées, encore une de ses innombrables métamorphoses. Europe, séduite par ce bel animal, voudra prendre le taureau par les cornes en ignorant que c’est elle-même qui sera prise. Le taureau se lève et plonge dans les eaux et ne reprendra sa forme humaine que pour mieux s’unir à la jeune fille. Il lui donnera trois enfants. Cette femme venue d’Asie n’a jamais, dit-on, mis les pieds dans la contrée qui porte aujourd’hui son nom, car ses voyages s’étaient bornés à passer de la Phénicie à la Crète. Elle serait aujourd’hui l’archétype de l’union entre l’Orient et l’Occident et dans une lecture chrétienne, représenterait l’humanité. L’amour de Zeus pour Europe ne serait autre que l’amour de Dieu pour les hommes, et la métamorphose de Zeus en taureau est une figure de l’Incarnation et révèle la double nature humaine et divine du Christ…

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