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CAMPUS : Quel avenir pour les étudiants de philosophie

 


Julie Abi Nader, étudiante de philosophie et civilisation arabe à l’USJ, passe de nombreuses heures dans la bibliothèque de sa faculté.

ENQUÊTELes études de philo, qui attirent peu de jeunes bacheliers, se révèlent être un véritable tremplin pour diverses carrières professionnelles.

12/08/2017
« Adolescente, je m’intéressais déjà aux questionnements philosophiques et, même si j’étais impatiente d’apprendre cette matière au lycée, une fois en classe de terminale, j’ai eu l’impression de ne pas avoir pu approfondir mes connaissances et satisfaire ma soif d’apprendre », regrette Baraa Sleiman, en 3e année d’études de philosophie à l’Université libanaise de Tripoli. La jeune femme souligne que le manque d’attrait pour cette discipline trouve racine dans son enseignement scolaire. En effet, il suffit d’interroger quelques lycéens pour prendre conscience de cela : en découvrant la philosophie l’année du bac, et bien souvent avec des profs démotivés ou qui ne sont pas qualifiés, la plupart la délaissent au profit des matières plus accessibles. « L’occasion de s’initier à cette matière ne se présente qu’une fois au lycée, et tout est limité à un seul prof, à une seule année avec l’angoisse de l’exercice final. Ces facteurs jouent contre la philosophie et c’est bien dommage quand on sait qu’au Liban, les lycéens ont la chance de pouvoir suivre des cours de philosophie, une opportunité qui n’existe pas dans certains pays francophones », souligne Nicole Hatem, chef du département de philosophie à l’Université Saint-Joseph de Beyrouth.

Malgré un premier contact trop souvent négatif, il est des jeunes qui se passionnent pour la philo à tel point qu’ils décident d’en faire leur spécialité.
« Actuellement, nous accueillons dans notre département plus d’étudiants qu’auparavant. Ils ont pour la plupart un très bon niveau et font preuve de grande motivation. Nos étudiants sont soutenus dans leurs choix d’études, et il y en a plusieurs qui sont boursiers », précise Mme Hatem. Convaincues de leurs choix, Maria Nakhlé et Graziella Berberi, toutes deux en licence de philosophie à l’USJ, ne manquent pas d’arguments pour justifier l’importance de cette discipline : « J’aime ce que la philosophie englobe et ce qu’elle apporte à l’homme. Elle permet la réflexion approfondie sur tout, c’est une recherche continue et passionnante et une ouverture au monde », explique Maria. Graziella, qui souhaite se destiner à l’enseignement et la recherche, poursuit : « La philosophie touche à tous les domaines sans exception, elle permet d’avoir une culture générale, de s’épanouir et de s’ouvrir sur d’autres horizons. J’aimerais plus tard prouver aux lycéens que c’est une matière importante, qu’elle est un mode de vie, tout en leur communiquant une certaine logique, une manière de penser, une tolérance, pour qu’ils puissent juger cette discipline à sa juste valeur. »

Un choix difficile à (s’)imposer
En optant pour ce choix de spécialisation, les étudiants de philosophie ont souvent eu à surmonter des obstacles extérieurs et leurs propres appréhensions. « La majorité des gens de mon entourage m’ont dit que c’était une mauvaise idée d’étudier la philo puisque je n’allais pas avoir de grandes opportunités de travail, et ils ont même envisagé l’option que je pourrais sombrer dans la folie ou devenir athée », note Nadine Abdallah qui poursuit son master à l’USJ. « Beaucoup ne comprennent pas notre choix qui consiste à passer sa vie à lire, travailler, réfléchir et se poser des questions sur l’homme et l’existence. Cela peut effrayer quelques-uns », ajoute Baraa Sleiman. Maria Khoury, en première année de licence de philosophie à l’USJ nuance : « Il y a des personnes qui m’encouragent et me disent que j’ai du souffle pour avoir choisi une discipline qui nécessite de la persévérance et un travail régulier. Mais pour certains la philosophie est perçue comme une perte de temps, et ces gens-là méprisent l’enseignement en général. Il y a enfin ceux qui me disent : Es-tu à ce point triste, pour faire de la philo ? Ils ignorent que c’est en faisant de la philo que l’on devient heureux ! »
« Ayant de bons résultats scolaires, j’ai été orientée, sans conviction vers des études d’architecture à l’UL. J’ai voulu abandonner ce cursus pour me spécialiser en philosophie mais je n’ai pas eu le courage d’aller à l’encontre des désirs de mes parents », raconte Maria Ibrahim qui n’a pas voulu exercer le métier d’architecte. En première année de licence à l’USJ, la jeune femme affirme se heurter encore à l’incompréhension des autres. Le cas de Maria n’est pas isolé, fait remarquer Mme Hatem : « On fait souvent de la philo en seconde formation, et cela présente malgré tout un avantage car ces études supposent une certaine maturité. Les plus jeunes ont quant à eux plus de souplesse intellectuelle, une capacité d’entrer dans la pensée d’autrui et une plus grande disponibilité. »

Une excellente formation
Consciente que cette formation est valorisée dans le monde du travail, Julie Abi Nader décide de faire un double cursus à l’USJ : « J’ai choisi de suivre, en même temps, des études de lettres françaises et un cursus de philosophie et civilisation arabe que j’effectue grâce à une bourse dont j’ai pu bénéficier. » La jeune femme remarque que le fait d’étudier la philosophie en arabe suscite la curiosité et l’intérêt des gens. « Plusieurs opportunités de travail m’ont été accordées grâce à cette formation. De plus, mes amis cherchent souvent à connaître mon avis sur tel ou tel sujet. Grâce à la philosophie, j’ai gagné en maturité et j’ai une connaissance globale du monde. » Mme Hatem revient sur l’importance des études de philosophie et souligne : « C’est une excellente formation générale et fondamentale, très valorisée dans le monde universitaire et professionnel à l’étranger. La rigueur qu’elle exige de la part de l’étudiant permet à celui-ci d’entamer facilement par la suite d’autres formations comme les sciences politiques et le droit. »
Bien qu’ils puissent trouver facilement un travail dans l’enseignement, les diplômés en philosophie ont différentes perspectives d’emploi grâce notamment à leur capacité d’analyse et leur esprit critique. « J’étudie, dans le cadre de mon master, la relation entre la philosophie et le cinéma, je compte donc travailler davantage dans le domaine artistique », révèle Nadine Abdallah.
Seules ou combinées à d’autres masters, disciplines et formations, les études de philo permettent aux diplômés d’exercer dans différents domaines d’activités : la recherche et la formation, la culture et le patrimoine, les métiers du livre, la communication, la politique, la publicité et parfois même les affaires. Bien que leur orientation professionnelle soit importante, n’oublions pas que ces étudiants cherchent avant tout à donner un sens au monde dans lequel ils vivent et à traiter ces questions qui engagent la totalité de l’expérience humaine. « Il faut reconnaître enfin que les étudiants ont beaucoup de joie et de satisfaction à faire de la philosophie, et cela est déjà très important », conclut Nicole Hatem.

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