CAMPUS De l’Université libanaise aux États-Unis : pour d’anciens étudiants, c’est l’« American dream »

 

PARCOURSMalgré des conditions socio-économiques parfois difficiles, ces jeunes Libanais comptent désormais parmi les meilleurs professeurs d’université, ingénieurs ou médecins des États-Unis

24/06/2017
« Tout homme reçoit deux sortes d’éducation : l’une qui lui est donnée par les autres, et l’autre, beaucoup plus importante, qu’il se donne à lui-même. » La citation est de l’historien britannique Edward Gibbon. Elle s’applique parfaitement aux jeunes Libanais interviewés. Tous sans exception n’ont pas hésité, après l’obtention de leur diplôme de l’UL, à retrousser leurs manches et à travailler dur pour réaliser leur rêve : s’installer aux États-Unis et y entamer une carrière. Quelles sont les plus grandes difficultés rencontrées sur le chemin vers la réussite

Ghada Issa, résidente en radiologie auprès de l’Université de Maryland, n’a rien oublié de sa première année en médecine à l’Université libanaise, et plus particulièrement de sa première journée. « On était des milliers entassés l’un près de l’autre et le brouhaha nous empêchait de suivre le cours. Écouter le professeur relevait du surréel. » Le lendemain, Ghada est arrivée à quatre heures du matin. Elle voulait s’assoir devant. Armée d’une bonne dose de patience, elle s’est accrochée fort à son rêve. « Dès mon plus jeune âge, je voulais être médecin. » Que de fois son entourage lui a conseillé de laisser tomber! « Mes parents m’ont donné le choix : Postule pour une université privée et oublie les études en médecine à cause du prix. » La jeune résidente s’est entêtée et ça a payé. À la fin de ses études à l’Université libanaise, c’est la radiologie qui l’a le plus intéressée. Mais lorsqu’on est étranger, il est très difficile de faire cette sous-spécialisation aux États-Unis. Une fois de plus, Ghada a combattu les obstacles et sa volonté de fer l’a menée là où elle est aujourd’hui.  –   Après mon émigration, j’ai compris une chose. Ce qui nous distingue, nous, étudiants de l’UL, c’est que nous ne faisons pas les difficiles. Nous sommes prêts à accepter des programmes et des régions qui ne sont pas attrayants simplement pour commencer quelque part. Nous n’oublions pas d’où nous venons
La détermination semble être la marque de fabrique des anciens étudiants de l’UL. Rana Féghaly en est un autre exemple. Cette pédiatre spécialisée en maladies infectieuses travaille depuis 4 ans auprès de l’Université du Mississippi. Elle a traversé un long chemin avant d’atteindre ses objectifs. « Le plus dur, c’est que personne n’a entendu parler de nous ici. Si je compare à d’autres universités, on n’a profité d’aucune reconnaissance, d’aucune renommée. Il y a également un autre problème, c’est qu’on ne bénéficie de presque aucun soutien, aucun support. » Alors, pour y remédier, Rana Féghaly aide souvent les étudiants. Lorsqu’ils lui demandent, elle essaye de leur trouver un stage au sein de l’hôpital ou encore un entretien s’ils postulent pour un résidanat. En bref, elle essaye d’être à leur disposition. Sa motivation est louable. « Je ne suis pas une exception. Tous mes amis de promotion font pareil. » Selon elle, la majorité s’engage pour les autres. Ils offrent leur temps, leur expertise et leur réseau pour leurs compatriotes du Liban

Humilité
Ce soutien, on ne le retrouve pas seulement en médecine mais également dans d’autres disciplines. Peter Nabhan, diplômé en ingénierie de la faculté de génie de l’Université libanaise, section 2 Roumieh, en 2013, raconte comment l’aide dont il a bénéficié l’a marqué. Si l’occasion se présente, il essaye de faire pareil. « Si je peux aider les autres à passer par moins de difficultés, je n’hésiterai pas. » Mais quels sont donc les nombreux défis que lui-même a affrontés ? Il y a d’abord « l’absence d’accréditation », raconte-t-il. Il n’existait aucune équivalence entre l’UL et le système américain et il fallait évidemment présenter des examens comme le GPA. Aussi, il y a une grande différence entre les systèmes de notation. Un 15 sur 20 par exemple est excellent, mais peut être l’équivalent d’un C (une mauvaise note aux États-Unis). Peter Nabhan, qui voulait poursuivre ses études auprès d’une université américaine, se rappelle aussi une autre difficulté. « Mon niveau en anglais était faible. Je n’avais pas la possibilité de pratiquer la langue avec les membres de ma faculté
Ce que regrette également cet ingénieur qui travaille actuellement à Nashville, c’est le manque d’encadrement. « Si j’étais inscrit auprès d’une université privée au Liban, j’aurais eu la possibilité de faire plus de recherches et plus de publications. » Cela étant dit, le jeune homme n’a pas que des regrets. Il explique que c’est le doyen de l’UL qui l’a mis en contact avec le professeur adjoint à l’Université de Nevada, Élie Hajj. Depuis, le jeune homme ne jure que par cet ancien professeur, très connu à la faculté de génie de l’Université libanaise à Roumieh. Son attitude positive associée à un engagement personnel sans précédent suscitent l’admiration de ses étudiants. Chaque été, il se rend au Liban où il encourage les étudiants ambitieux de la faculté de génie, section 2 de l’UL, désireux de poursuivre leurs études en Amérique : « Je leur explique à quoi ils doivent s’attendre exactement, les difficultés auxquelles ils auront à faire face et comment fonctionne le système. Je leur propose aussi de poursuivre un master qui est une bonne option qui les distinguera, surtout s’ils veulent travailler dans l’industrie », ajoute-t-il. Élie Hajj assure que l’Université libanaise fait de ses étudiants des jeunes ambitieux, responsables et amoureux du progrès. Et lorsque les jeunes diplômés se trouvent dans un environnement plus favorable et des conditions meilleures, ils excellent et volent de leurs propres ailes
Il a bien raison. Lorsqu’on est issu de l’UL, le secret c’est d’aller de l’avant avec humilité

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