CAMPUS : À l’AUB, un théâtre estudiantin engagé contre le trafic sexuel

Installés sur des chaises disposées sur la scène, les jeunes acteurs et actrices entendent à travers leurs écouteurs les témoignages des protagonistes de l’histoire
INITIATIVELe Theatre Initiative, rattaché aux départements des beaux-arts et d’anglais de l’Université américaine de Beyrouth, forme les étudiants aux métiers du théâtre et les sensibilise à des problématiques sociétales.

03/06/2017

 

Le vendredi 27 mai, la pièce No demand, no supply (Pas de demande, pas d’offre), produite par le Theatre Initiative de l’AUB, a été jouée à la LAU. Interprétée pour la première fois sur les planches de l’AUB en avril, cette pièce aborde le sujet du trafic sexuel, notamment du réseau démantelé en 2016 dont ont été victimes des réfugiées syriennes. Elle se base sur une série de témoignages ainsi que sur une étude effectuée par l’association Kafa
Appartenant au théâtre documentaire, la mise en scène adopte la diffusion enregistrée, celle des entrevues réelles, réalisées avec les victimes et certaines personnes impliquées dans l’histoire. Installés sur des chaises disposées sur la scène, des acteurs et actrices entendent à travers leurs écouteurs les témoignages des protagonistes de l’histoire. Ils les répètent alors mot pour mot ; pauses, souffles et erreurs inclus. En parallèle, la narration décrit objectivement les faits. « Les étudiants réagissent bien avec cette technique. Son importance c’est qu’elle leur apprend à écouter les autres et à s’intéresser à leurs histoires », note Sahar Assaf, auteure et metteure en scène de la pièce, enseignante à l’AUB et cofondatrice avec Robert Myers du Theatre Initiative. Une initiative qui non seulement s’adresse aux étudiants, mais les implique également dans la production des pièces. « Le Theatre Initiative m’a aidé à me façonner en un meilleur être humain parce que les sujets qu’il aborde n’appartiennent pas au théâtre du divertissement, mais au théâtre qui poursuit un but », révèle Jad Batlouni, étudiant en gestion qui a conçu l’éclairage de No demand, no supply. La diversité des thèmes traités élargit les perspectives et « aide les individus à être plus ouverts envers la société et à ne plus juger les autres en se basant sur des notions préconçues », ajoute cet étudiant, qui a collaboré aux projets dès sa création en 2013
Quant à Maria Prince, elle a rejoint l’équipe il y a deux ans. Aujourd’hui, diplômée en studio arts, elle s’est occupée de la production de No demand, no supply. « Des projets pareils sont vitaux pour notre pays », estime-t-elle, en soulignant qu’il est important que le théâtre sensibilise « le public à l’ampleur des problèmes actuels dans notre société » et qu’il ouvre le débat à propos de ces questions.
D’ailleurs, pour Sahar Assaf, il est essentiel que les pièces abordent des sujets soulevés par la société civile, ayant fait l’objet d’études qui souvent sont oubliées dans les tiroirs. « Le théâtre est un moyen de les diffuser. S’il les met en lumière, les gens se poseraient des questions au moins », affirme-t-elle. Son souhait : susciter une prise de conscience auprès « d’étudiants qui vivent dans leur bulle, qui ne savent pas ce qui se passe dans leur société » et les inciter à prendre position

Se former avec des professionnels
Comme la spécialisation en théâtre n’existe pas à l’AUB, et bien que des cours y soient disponibles, le Theatre Initiative constitue la seule entité qui permet aux étudiants de s’essayer aux métiers du théâtre à travers les représentations régulières auxquelles ils participent. Depuis qu’il a rejoint le groupe, Jad Batlouni a occupé plusieurs fonctions, telles, entre autres, l’interprétation, la conception de l’éclairage ou la production. Et ceci lui a permis de « développer (ses) talents en tant que praticien du théâtre », une profession qu’il a pu expérimenter –  à un niveau pratique et professionnel à l’université
D’ailleurs, dans ce cadre, les étudiants côtoient les professionnels des planches, les acteurs, les concepteurs de l’éclairage et du son, les scénographes et les costumiers. « Pour développer un théâtre professionnel, nous devons inclure dans notre équipe des professionnels », souligne Assaf. Ces derniers sont invités au cours Ateliers et production théâtrale. Leur collaboration favorise la formation des étudiants qui apprennent en les observant. « Chaque projet auquel j’ai contribué m’a aidée à développer des compétences de base. On y rencontre des personnes venant de différents contextes et parcours professionnels. Leurs perspectives variées sur la vie et sur le travail théâtral a enrichi mon expérience et m’a montré que les choses peuvent être accomplies de différentes manières », affirme Maria Prince
Bien au-delà de l’apprentissage des étudiants et de leur sensibilisation, le Theatre Initiative vise tout d’abord « à placer le théâtre au centre de la vie intellectuelle de l’université, à contribuer au développement du théâtre libanais et, enfin, à exporter ce théâtre à l’étranger. Ce que nous avons accompli, d’ailleurs, avec plusieurs projets », conclut Sahar Assaf

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