Bernard Pivot : «Avec les 280 caractères de Twitter, on tombe dans la facilité»

Le Figaro

INTERVIEW – Le réseau social américain vient de généraliser les messages en 280 caractères. Un changement regrettable pour Bernard Pivot. Le président de l’académie Goncourt, fidèle adepte de l’oiseau bleu, explique « qu’il n’utilisera pas » cet espace supplémentaire, qui provient selon lui, d’une « réaction déviationniste ».

Ça y est! C’est officiel. Depuis cette nuit, le réseau social américain a généralisé ses messages. Il est désormais possible d’écrire au-delà de 140 signes, ce, jusqu’à 280 caractères. Une petite révolution au royaume de la concision. Qui ne va pas déjà sans avoir ses premiers détracteurs…

En première ligne, Bernard Pivot. Le président de l’académie Goncourt et maître des aphorismes, fidèle adepte du réseau social regrette «la rigueur janséniste de la maxime». Il prédit avec ce changement une perte de la qualité de Twitter. Il répond au Figaro.

LE FIGARO – Le réseau social Twitter vient de généraliser ses tweets en 280 caractères. Votre réaction?

Bernard Pivot – Je ne l’utiliserai pas. Et ce, pour plusieurs raisons. Premièrement, parce que je n’ai pas envie de changer mes habitudes, deuxièmement car je trouve que je m’exprime mieux en 140 signes plutôt qu’en 280 caractères, troisièmement car je pense qu’il y a une sorte de réaction déviationniste de Twitter.

Certes avec ces 280 signes, nous ne sommes pas encore dans la logorrhée de Facebook, mais nous ne sommes déjà plus dans la rigueur janséniste de la maxime. Enfin, comme je l’ai écrit dans un tweet, je trouve absolument criminel que Donald Trump puisse s’exprimer en 280 signes. Il disait déjà assez de bêtises en 140 signes.

Le patron de Twitter, Jack Dorsey, a pourtant justifié ce changement hier en expliquant que cela permettrait de «rendre plus facile et plus rapide» notre expression.

Si je devais m’exprimer en 280 signes, je devrais ajouter des adjectifs inutiles, des adverbes. Il n’y aurait alors plus cette rigueur que donne Twitter. Moi ce qui m’intéresse dans ce réseau social, c’est à la fois l’exercice mental et l’exercice de style. C’est-à-dire arriver à résumer une pensée, un souvenir, un fait, un sentiment en 140 signes. Ce qui suppose donc de faire un effort pour exprimer de la manière la plus claire, et si possible avec humour, ce que l’on veut dire. Les 140 signes étaient suffisants. Donc, les 280 signes ne m’intéressent pas. On tombe dans la facilité.

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