À l’orée des bois de Joy, des pizzas

 


Couper le bois, le scier, le poncer, le vernir… Pétrir une pâte de pizza, l’étaler, la garnir. Un même exercice de
partage et d’amour de la matière.
03/08/2017
Dans son prénom, il y a du bonheur, ou plutôt des bonheurs simples, une sorte de sérénité acquise avec le temps. Du silence, bercé par des cigales insomniaques et dans lequel Joy Khoury semble nager depuis de nombreuses années. Comme un poisson dans l’eau, son bocal ouvert à ciel ouvert est une « salle d’expositions » très personnelle qui dévoile ses dernières pièces, 100 % bois, 100 % cèdre, récupérées des vieilles maisons avant leur destruction, auxquelles se mêle depuis un mois le délicieux parfum de l’Italie. Après avoir créé Wood of Joy, son label estampillé sur ses chaises, armoires, tables et autres meubles, The Wood Factory Pizzeria a vu le jour presque spontanément. Un « appel du ventre », une envie et une initiative partagées avec sa complice Carine Dakkak. « Chaque chose que j’ai entreprise dans ma vie s’est imposée naturellement à moi. Je ne sais pas comment ça c’est fait. Je prends les opportunités comme elles viennent. » Car, outre le bois, la pizza est la deuxième passion et gourmandise affichée de l’ébéniste. En faire un métier à plein-temps, ce temps qu’il organise à sa guise, dans son espace créatif et de vie à Baabdate, s’est passé dans une transition presque instinctive. Dix ans dans la publicité, chez Saatchi, des allers, des retours, des aventures entreprises sur des coups de tête ou de cœur, Joy Khoury a même vécu cinq ans à Milan. Il en ramènera l’art de confectionner une bonne pâte. C’est ainsi qu’il ouvrira sa pizzeria en 1984, à la place de l’actuel Spinneys d’Achrafieh, baptisée Luciano, du prénom de cet ami milanais qui lui a transmis son savoir-faire culinaire. Durant six ans, Joy, alias Luciano, servira à des citadins plongés dans des guerres civiles un moment d’amitié, une distraction au goût de tomates fraîches et de fromage. Comme pour le reste, le pizzaiolo tournera cette page pour d’autres projets, avant de tomber en amour pour le bois. Le bois, brut comme lui, solitaire, indépendant. Comme lui.

Ma cabane dans la montagne
À quelques kilomètres de Beyrouth, l’Eden de Joy Khoury est peuplé d’arbres, de plantes, de bois, de basilic, de fleurs. À peine débarqués, les embouteillages et autres tracas d’une ville épuisante et épuisée sont vite oubliés. Il fait bon et l’air est convivial. Amical. Informel. Depuis 7 ans, dans son atelier aménagé dans cette pseudomontagne, il confectionne des pièces uniques qu’il expose dans cette salle, entre salon improvisé et espace d’expositions. Sur chacune, le prix est écrit au feutre, sans artifices. Ce lieu est idéal pour se poser, décompresser, souffler, apprécier les tables, les fauteuils, les luminaires et autres accessoires en bois avant de se mettre à table. « C’est un concept nouveau. Mon showroom se transforme le soir et reçoit les clients qui viennent dîner. » Les bougies sont allumées, pendant que la nuit tombe sur une chaude journée d’été, Carine Dakkak s’assure que les tables sont prêtes à accueillir les visiteurs. Après des études d’hôtellerie à l’USJ, des arrêts dans différents domaines, la jeune femme semble également avoir trouvé le lieu idéal et le projet qui lui donnent du bonheur. L’ébéniste pizzaiolo s’installe quelques instants avec les amis, parle du bois de cèdre, qu’il utilise en exclusivité, tâte de ses grandes mains la surface de la table, en parlant de sa chair dense et de son goût amer. Puis il s’éclipse, direction la cuisine, revêt son tablier de cuisinier et s’attelle aux fourneaux. Quelques instants plus tard, les pizzas chaudes sont servies avec une bonne salade fraîche. Pas de longs menus, ni de longs discours, la carte se résume en quelques variétés de pizzas, de la charcuterie, une salade et quelques desserts. Au plus grand bonheur des gens qui recherchent le goût des choses simples. Joy Khoury a déposé son empreinte dans The Wood Factory Pizzeria, comme il l’a fait, en toute discrétion, dans Wood of Joy. La recette de ses succès ? « J’utilise mon cerveau. Comme mon cœur. Beaucoup. »

اضف رد

لن يتم نشر البريد الإلكتروني . الحقول المطلوبة مشار لها بـ *

*