6 Maasser el-Chouf, et des cèdres comme s’il en pleuvait…

 

Pour la deuxième année consécutive, les lecteurs de « L’Orient-Le Jour » au Liban et dans le monde voteront pour « Le village préféré des Libanais ». Cette année, dix nouveaux villages sont en lice. Un reportage écrit et une vidéo, chaque jour pendant dix jours, pour vous aider à choisir… Après Anjar, Aqoura, Beit Chabeb, Bhamdoun et Hasroun, voici Maasser el-Chouf.

22/07/2017

La lumière est éblouissante à Maasser el-Chouf. Elle fait briller les toits aux tuiles rouges des belles maisons centenaires. Elle se réfléchit dans les bouquets jaunes de genêts sauvages et filtre à travers les feuillages de majestueux cèdres millénaires.

Ce village paisible, à plus d’une cinquantaine de kilomètres de Beyrouth, semble bercé par le mont Maasser aux dégradés de verts et aux courbes élégantes. Depuis la place du village, où se dresse un olivier au tronc noueux, on peut apercevoir le bosquet de cèdres logé dans la montagne. « Ce sont les véritables cèdres, ceux qu’on appelle les cèdres de Dieu et dont le bois a été utilisé pour le temple de Salomon », assure une habitante du village, Mona Noujeim Aad, en sortant de chez elle. Une conviction avec laquelle ont également grandi un grand nombre d’habitants de Maasser el-Chouf.

Tronc grandiose
La réserve des cèdres du village, à 1 750 mètres d’altitude, forme avec celle de Niha, Barouk et Aïn Zhalta, la réserve du Chouf, la plus grande du Liban. Pour y accéder, il faut suivre la route creusée dans la montagne durant une bonne dizaine de minutes en voiture. Majed Azzam, jeune guide, mène la visite avec engouement et enthousiasme. Il prend soin de ne pas poser son pied sur les petites pousses de cèdre et laisse résonner le chant d’un chardonneret.
« Les arbres les plus anciens se trouvent dans cette réserve, assure-t-il à l’ombre d’un imposant cèdre. Celui-ci a plus de 3 000 ans et une circonférence de 16 mètres. Nous avons besoin de onze personnes, bras ouverts, pour l’enlacer. » Selon lui, c’est ce même cèdre qui serait dessiné sur le drapeau libanais. Le cèdre qui aurait inspiré Lamartine se trouverait à quelques mètres. Qu’il s’agisse d’un mythe ou d’une réalité, la magie qui se dégage de la réserve est bien réelle. Et pour découvrir l’un des plus impressionnants cèdres de la réserve, il faut se courber et passer sous son feuillage. Là apparaît un tronc grandiose et un jeu d’ombre et de lumière à couper le souffle.
Au cœur du village aussi, des cèdres se sont imposés entre les maisons. Qu’il soit dressé au bout d’une rue ou dans un jardin ou accoudé à une demeure, l’arbre offre ombre et fraîcheur aux villageois. C’est sous un cèdre que Nabih Abou Assi et sa famille partagent un maté et des fruits frais. Nabih Abou Assi vit toute l’année à Melbourne, mais cet été, il va passer trois mois à Maasser el-Chouf. Du toit de sa maison, il a une vue prenante sur le village qui semble clairement parsemé de verdure et d’élégantes demeures.

 

Maisons et pressoir
« Nous avons le plus grand nombre de maisons traditionnelles du Haut-Chouf », affirme fièrement Georges Arbid, président du conseil municipal. Certaines ont un porche (liwan), d’autres sont en galerie et d’autres encore en voûtes de pierre. En marchant dans les ruelles du village, on découvre des bâtisses en pierre vieilles d’un siècle. Souvent des rosiers, d’un rose doux ou d’un rouge flamboyant, ornent l’entrée. Ailleurs, du lierre se mêle au balcon en fer forgé.
Pour M. Arbid, il est important que la restauration se fasse dans le respect des règles de l’art. Il y a deux ans, il a lui-même aidé à la restauration de la maison de Léon et Justine Telvizian. Ancien professeur d’architecture à l’Université américaine de Beyrouth, Georges Arbid a choisi d’investir dans la restauration de quelques maisons de son village. Deux en particulier, qui deviendront des bed and breakfast. L’une est déserte depuis que ses habitants l’ont quittée et l’autre depuis qu’elle a servi de dépôt de munitions durant la guerre. Pour toutes les deux, M. Arbid se charge de couvrir la majeure partie des frais de restauration, afin qu’elles deviennent des maisons d’hôtes authentiques et chaleureuses qui pourront dynamiser l’activité touristique et économique du village et contribuer au retour des habitants.
De tous les édifices, un en particulier sort du lot. Il se trouve sur la place du village. L’architecte espère trouver les moyens de le transformer en musée/centre culturel. Et pour cause : le rez-de-chaussée, absorbé par la poussière, abrite le dernier pressoir du village, et c’est justement de là que vient le nom de Maasser el-Chouf – littéralement « les pressoirs du Chouf ».

 

Poubelles vérifiées
La mélasse de raisin est toujours produite au village. Il y a quelques années, un homme, Ghassan Noujeim, a choisi de se lancer dans la production d’arak et de vin et d’ouvrir une cave à vin du nom de St Michael. Et il n’est pas le seul à vouloir investir dans son village.
Ghassan Fayad, lui, a choisi de se lancer dans la confection de carreaux en ciment coloré. Âgé de 27 ans, après avoir fait des études d’architecture d’intérieur, il s’est installé il y a quelques mois dans son village d’origine pour ouvrir son atelier. Dans un bric-à-brac de seaux en métal, de pots de peinture et de louches tachées, il crée des carreaux de toutes les couleurs, avec des étoiles, des cercles, des arabesques… Son zèle va droit au cœur de Georges Arbid qui tient beaucoup à la présence des jeunes dans son village et à la création d’emplois.
Un groupe l’enthousiasme particulièrement. Près du jardin public, sur un banc en forme de cône de cèdre, une petite tribu d’enfants rit et discute à voix haute. Sur chacun de leurs t-shirts bleus est inscrit Maasser trie. C’est le club écolo du village. Ils s’appellent Julia, Jad, Karim, Anwar, Ayoub, Laeticia, Jana… Et « ils sont très forts quand il s’agit de convaincre leurs aînés de trier leurs déchets, assure M. Arbid. Ils vont même jusqu’à vérifier leurs poubelles » !
Georges Arbid croit en la richesse de Maasser el-Chouf et en sa prospérité. C’est pourquoi il est essentiel pour lui, tout en préservant l’équilibre écologique de sa terre, de promouvoir la diversité en agriculture dans le village où l’on voit aujourd’hui à côté de la traditionnelle culture de pommes, poires, pêches, figues et vignes des terrains d’oliviers, de thym et de lavande. Un projet de canaux d’irrigation financé par USaid est également en cours. « C’est un village traditionnel en route vers l’avenir, il est en mouvement », résume-t-il.

Lundi : Qleilé.

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