Le Liban, pays dérouté


Un recueil regroupant des chroniques politiques, historiques et sociales.

VIENT DE PARAÎTRESigné Youssef Mouawad, « Sextant égaré » (éditions L’Orient des livres) est un recueil de chroniques politiques, historiques et sociales.

09/01/2017

Terroriste ou pas, « trente ans derrière les barreaux, c’est assez ! » Voilà comment Youssef Mouawad expose l’affaire Georges Abdallah, entre autres écrits sur l’actualité politique et les événements historiques et sociaux qu’il a signés ces dix dernières années dans les pages de L’Orient-Le Jour et de son supplément mensuel, L’Orient Littéraire. Et dont une sélection vient d’être réunie, par les éditions L’Orient des livres, dans un recueil intitulé, à juste titre, Sextant égaré.
Avocat, mais également historien, l’auteur nourrit sa réflexion aussi bien de droit, de politique que de littérature. La justice nationale et internationale, ainsi que la crise identitaire libanaise sont des thèmes récurrents de cet ouvrage. À travers les pages emplies de termes et jargons juridiques, le juriste plaide et critique. Ceci se reflète dès le premier article de ce recueil : un billet du 11 juillet 2006 intitulé Le 14 février, crime ciblé ou attentat aveugle ? Distinguant entre crime de droit commun, crime politique et crime terroriste, l’auteur s’interroge sur la qualification juridique du meurtre de Rafic Hariri.
Couvrant divers aspects de la politique locale et internationale, Mouawad dénonce le système politique du « laisser-aller », la paralysie des institutions, l’ingérence des États étrangers dans les affaires nationales et le confessionnalisme politique. Mais aussi la loi prolongeant le mandat du Parlement, les affrontements entre Bab el-Tebbané et Jabal Mohsen, l’accord de Taëf et la guerre en Syrie.

« Péril en notre demeure »
D’une plume claire et sarcastique, l’écrivain ose qualifier la République, devenue « sans tête », de « gueuse ». De même, il cherche à réveiller les mémoires en rappelant le sang des martyrs de la guerre civile et de l’occupation syrienne. L’Empire ottoman est également un sujet abordé, ainsi que la légende noire du sanguinaire Jamal Pacha. Dans une chronique de juillet 2014, il revient 99 ans plus tard sur les raisons de la famine dévastatrice qui a liquidé le tiers de la population libanaise, à l’époque de la moutassarifiya. « Génocide ou pas ? » interroge-t-il.
Le Proche-Orient déchiré et tourmenté, ainsi que les relations interétatiques, sont pour lui des terrains fertiles. « Diable, le printemps arabe s’annonce démocratique !… Des révolutions désirantes et dévorantes, ratées ou pas ? » écrit-il dans l’un de ses billets. Et s’attaquant aux sujets qui font la une, il aborde ainsi le jihadisme, l’arabisme et l’impact des relations américano-iraniennes sur la scène internationale.
« Au diable l’intellectuel et vivement les tribus ! » lance, sarcastique, Youssef Mouawad dans l’un de ses textes sur l’anémie culturelle de notre époque et notre pays. Son recueil regroupe également des écrits sur la francophonie, le pape François, les maronites et des articles rédigés sous forme de lettres s’adressant au ministre de l’Intérieur, au patriarche maronite et même à la désormais célèbre Leila Abdellatif.
De l’ensemble de ces récits grinçants et imprégnés d’ironie exsude la nostalgie d’un pays, détourné de sa voie d’origine et errant dans cet Orient arabe et qui « n’est toujours pas la patrie des droits de l’homme, et encore moins celle des droits de la femme ».

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